Deux fois cette semaine que je mange chinois. L’autre soir chez une amie, et ce midi au restau. C’était bien meilleur chez l’amie, d’ailleurs, mais ce qui m’amuse tout en m’alarmant vaguement c’est la sorte d’acculturation qui fait que l’on mange désormais si souvent de la cuisine asiatique — et avec des baguettes! En même temps, je tire une espère de fierté puérile du fait que je manie plutôt bien les baguettes, art difficile, mais entre le saucisson-sauce moutarde présenté à la japonaise et dans une assiette carrée, la prolifération des boîtes à sushis, et les baguettes même à la maison… Ah ah, et là je rédige le découpage et les dialogues pour un manga français!!
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#1270
Avant de partir à la campagne pour une vingtaine de jours — studieux: j’ai des tonnes de choses à écrire — je mets tout en ordre. Les maquettes/corrections des ouvrages de fin d’années des Moutons sont quasi bouclées, Yellow Submarine n’attend plus que les relectures, la compta/gestion est à jour et agréablement saine (deux mois qu’on fait un chiffre supérieur aux prévisions, ça fait du bien), des subventions sont confirmées, l’avenir ne semble pas trop bouché… C’est la satisfaction d’avoir ainsi tout en ordre avant de partir un peu.
Tout en sachant fort bien qu’à mon retour, il y aura des piles de courrier à trier, une relecture d’épreuves à effectuer illico (pour Folio-SF), des corrections à entrer d’urgence dans les maquettes avant départ(s) chez l’imprimeur, des commandes par chèque à traiter fissa, des factures à inscrire dans la compta, d’autres à établir dans la gestion, des dépôts à faire à la banque, des paperasseries ovines et personnelles… bref: l’habituel et assez peu agréable « coup de speed » de chaque retour.
#1269
Cette trouille! Ce matin, j’allume l’ordi portable. Tiens, où est le texte de mon 2e roman? Ah mince, ne l’ai-je pas auvegardé lorsque j’ai réinitialisé tout cet ordi? Je vais voir dans mon gros ordi: oups, c’est seulement la toute vieille et brève version du fichier?! Où est le texte que j’ai rédigé lorsque j’étais à La Haye?! Petite pointe d’angoisse… Je recherche sur ma clef USB où il me semble tout de même se trouver: ouf, c’est le cas! Voici le texte, intégral! 250 000 signes quand même: j’aurai bien été infichu de les réécrire, d’autant que pour le moment je n’ai plus qu’un souvenir nébuleux de ce que j’avais rédigé lors de mon séjour hollandais (je ne vais pas tarder à m’y remettre)… Je vérifie sur le disque dur externe: non, mon roman n’y était pas non plus. Avec mes récents plantages d’ordinateurs, le texte de Vent du sud ne se trouvait vraiment plus que sur la clef USB. Bon sang, j’ai eu chaud…
#1268
Alors, cet anniversaire? Je vais tenter une description, tout en sachant fort bien qu’il m’est impossible de rendre de manière satisfaisante mes impressions, tant il faudrait une plume flaubertienne, au moins, pour rendre justice à l’endroit où je me suis retrouvé hier soir.
J’avais déjà vu de ces appartements lyonnais géants, véritables léviathans habitables qui serpentent au sein des vieilles façades, insoupçonnables lorsque l’on se trouve dans la rue. Ainsi avais-je autrefois une vague copine (je ne me souviens même plus de son prénom, c’est dire) qui vivait avec son théâtreux de mec sur les quais de Rhône dans un labyrinthe où seul le salon, un délicat foisonnement de cousins et dentelles Belle Époque en façade, semblait véritablement habité — le reste n’étant que murs nus, couloirs grinçants, plafonds trop hauts pour être distingués pdans la pénombre, chaises ou tables perdues dans un désert, carreaux et placards branlants. Je dois aussi avoir évoqué ici le logis de ce viel érudit, prof de letters et de théâtre,n aux murs doublement tapissés de reliures en cuir et de tableaux… Mais là!
Attendant, sur les marches du Palais de Justice, que le Likely Lad vienne me chercher, je contemplais hier soir les belles façades des quais de Saône, d’autant plus pimpantes et lissses que les caressait le soleil de fin de journée. Tout en regardant le monde passer, je m’interrogeais vaguement sur l vie que l’on pouvait mener derrière ce crépis miel ou cet enduis sang de boeuf. Mais voici que je poussai une porte sur l’enchantement clair-obscur d’une cour lyonnaise médiévale, théâtralisée par la combinaison de la lumière déclinante du soliel et celle, hasardeuse et dispersée, des éclairages intérieurs. Quelques escaliers, et puis… Comment dire? Prétendre qu’il s’agissait d’un appartement reviendrait à traiter Gormenghast de château. L’entrée: une salle allongée au sol de carreaux disjoints, meublée d’un vieux piano couvert de bibelots et d’une table de banquet médiéval, hautes chaises comprises. Sur les murs de torchis, des appliques en fonte, on s’attend à des torchères. Sur la droite, une grande porte double en bois gris s’entrouvre sur des chambres et des pièces que je n’aurai pas l’occasion d’aperçevoir. Droit devant, un portail en fer forgé. Est-on dehors, est-on dedans? Les frontières s’estompent, je soupçonne que l’espace se distort, en dépit des plafonds l’espace semble perdre de ses qualités habituelles. Des couloirs au plancher grinçant, des poutres, des portes, des carreaux disjoints, tout est brut: le look « raw », usé, savamment sand-blasté et dénudé pour donner à chaque objet, chaque mur, cet aspect à la fois brutalement rugueux et médiéval. Si prégante est cette esthétique que peu importe the clutter, tout devient authentique. Même la lune et les étoiles en plastique phosphorescent, sur la paroi d’une des cuisines, dépasse le kitsch. Dans un vestibule, les tableaux s’alignent comme dans une galerie d’autrefois, dominés par un vélo pendant du plafond. Mon guide disparaît devant moi, vite, dans la géométrie perturbante des lieux je ne me repère plus qu’au son: rires, venant d’autour d’une table casée dans un coin, comme une petite place sous le manteau d’une cheminée de château. Fifi bien sûr, toujours trop modeste pour qu’elle ne m’en veuille pas si j’écris qu’elle est belle, trois copine à elle dont une des rejetonnes de ce domicile britannique, Theo le Hugh Grant look-alike, Axel-James aux yeux électriques et aux wise-crackings inépuisables. Ah, et puis des sushis. Ce n’est plus Lyon: c’est un morceau de l’excentricité anglaise, quelque part du côté de Mervyn Peake et de James Stoddard. 18 bougies dans un lieu étourdissant.
#1267
Le temps continue d’être maussade comme j’aime: un peu de brise, de légères averses, des coins de ciel bleu, le tumulte des nuages pour animer le couvercle de la ville… Pas vraiment la pêche pourtant: j’ai une constante capacité à être mal à l’aise et triste, dirait-on… Il faut dire que la très grave maladie qui pèse sur une de mes nièces m’assombrit passablement l’humeur, et une autre mauvaise nouvelle m’a atteint il y a quelques jours. Globalement, je n’aime pas l’été. Tristesses et mauvais coups s’y accumulent un peu trop souvent à mon goût.
Ce matin, j’ai été aider un peu un vieux copain à déménager — il quitte Lyon, pour le mieux pour lui, mais égoïstement je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir un serrement de coeur en quittant cet immeuble pour la dernière fois, et en disant au revoir à ce camarade. La fin d’une époque, en tout cas.
On the plus side, mes voisins d’en face, deux dessineux, sont adorables. Et je pense faire un tour ce soir au 18e anniversaire de Mademoiselle Faï-Faï, ce devrait être rigolo.
