#299

Je viens de découvrir: French Wold Newton Universe. Ce site (tenu par Jean-Marc Lofficier) est… Génial, oui, génial, nonobstant le fait que le terme « génial » n’a été que trop galvaudé. Je ne l’ai pas encore totalement exploré, mais ce que j’en ai déjà lu me transporte d’aise. Si je ne suis pas un grand fan des délires de Philip José Farmer, en revanche j’adore les spéculations sur les biographeis des héros de l’imaginaire — Sherlock Holmes étant of course l’exemple le plus fameux de ce style d’exercices.

Alors imaginez un peu: un site brodant sur la parenté de l’ensemble des héros (& anti-héros) de la littérature populaire française! Un site où l’on croise aussi bien Madame Atomos que Robur, les Habits noirs que Le Nyctalope, Rouletabille que Belphégor, Monsieur Lecoq que Fantomas… Un site où l’historique des voyages spatiaux s’étend de Cyrano à Jean-Luc Picard… Un site où des fiches complètes sont consacrées par exemple à Fantômette — whaou, l’une de mes héroïnes favorites! (et chic, il y a même la biblio: je vais pouvoir voir s’il m’en manque encore). Et bien sûr, à mon idole: Arsène Lupin.

Quoique je note de menues imprécisions dans la page Lupin: étant moi-même l’auteur d’une biographie de ce cher vieil Arsène (parue en 1996, chez cet infect escroc de DLM), je ne peux que noter ce genre de détails… Dans cet ouvrage, je m’étais d’ailleurs moi aussi livré au plaisir les biographies imaginaires croisées: j’avais comparé/croisé la bio de Lupin avec celle de Holmes (version Baring Gould), de Raffles et de Lord Sinclair…

Il faut savoir que la bio de Lupin donnée par monsieur Lacassin dans les anciens « Bouquins » était complètement mal fichue & erronée. Les recherches que j’ai mené durant l’été 96 donnèrent des résultats passablement différents de la lecture visiblement trop hâtive du sieur Lacassin – et j’en veux pour preuve supplémentaire & éclatante qu’un lupinologue avertit, Philippe Radé, mena parallèlement aux miennes les mêmes recherches, pour tomber sur les mêmes résultats! Lorsque nous comparâmes à la fin de cet été les tableaux chronologiques que nous avions établis, nous constatâmes avec satisfaction que nous étions tombé sur les mêmes dates & sur les mêmes suppositions. Nos deux chronologies ne différaient que sur deux ou trois points, sur lesquels nous nous entendîmes alors — Philippe Radé travaillant à la BNF, il avait eu accès à un document introuvable, par exemple, qui datait sans le moindre doute une des nouvelles.

Bref donc: c’est ainsi que monsieur Lofficier donne Blois comme lieu de naissance de Lupin, ce qui me semble hautement contestable (il est né soit à Andrésy, soit dans une autre petite commune du Vexin ou de la Normandie). La première rencontre avec Holmes ne date pas de « in or around 1900 » mais précisément de juillet 1901. Le mariage avec Raymonde de Saint-Véran n’a pas lieu en 1907, mais fin octobre 1909. Lupin épouse Florence Levasseur non pas en 1918, mais en août ou septembre 1919. Les Milliards d’Arsène Lupin se déroulent non pas en 1930 mais en 1926.

Incidemment, il existe un tout dernier roman sur Lupin, inconnu car jamais publié: Le mariage d’Arsène Lupin, datant de la même époque que les Milliards (et apparemment plus mauvais encore, hélas). Je n’ai toujours pas eu accès au manuscrit mais ne désespère pas d’y parvenir… Et, en tout cas, mon ami Philippe Radé a découvert depuis l’époque de notre collaboration rien moins que deux nouvelles inconnues, qui ne sont pas incluses dans la pourtant excellente réédition du Masque (qui comporte elle-même quelques raretés enfin retrouvées). Ah, si je pouvais dégotter un éditeur afin de réaliser une réédition corrigée de mon travail sur le gentleman-cambrioleur…

Lisant hier soir la deuxième livraison du deuxième recueil de la (géniale) bédé The League of Extraordinary Gentlemen d’Alan Moore, et en lisant en particulier l’appendice en prose qui l’accompagne, je m’étonnais un peu de découvrir que Moore, auteur anglais, faisait référence notamment à un personnage français aussi obscur (& non réédité) que Le Nyctalope (de Jean de la Hire). Il apparait qu’il ferait un appel documentaire à la science de Jean-Marc Lofficier, justement. Ah, ah, tout s’éclaire!

#298

Le samedi 1er septembre au soir, monsieur Neil Gaiman écrivait: « Oh yes. It’s the Hugos tonight. I’ll post if I win, or if I lose. Either way, I’m wearing a suit, dammit. That way, whatever happens, no-one will believe it’s really me. »

Et il a gagné, bien sûr: prix Hugo du meilleur roman pour American Gods. Bravo Neil!

J’espère qu’au passage, les intégristes de la science-fiction & les sectaires anti-fantasy (ce sont les mêmes, d’ailleurs) en auront avalé leur langue! 😉

#297

Samedi dernier, soir, en route vers Nyons:

Les voitures de la file inverse ne sont que des fantômes: nimbées du voile trouble de la pluie & de l’eau que soulèvent leurs pneus, elles ne sont guère visibles que comme des formes imprécises, d’une clarté diffractée & nébuleuse. La barrière séparant les deux voies de l’autoroute renforce cette impression étrange: elle apparait telle une tranche d’obscurité au-dessus de laquelle flottent ces spectres automobiles, si diffus qu’il pourrait presque s’agir de traces lumineuses, d’échos brumeux issus d’une dimension décalée.

Il fait nuit, il pleut, l’autoroute est gommée par les gifles grises d’un orage de bonne dimension. Qui ira en s’aggravant: notre conducteur lèvera le pied jusqu’à ce que nous ne roulions plus qu’à 50km/h. Avec une visibilité pour ainsi dire nulle: seuls repères, les deux feux rouges d’un autre véhicule, loin devant nous, et encore plus loin derrière les feux blancs de celui qui nous suit. L’asphalte n’est plus qu’une surface brouillée, tumultueuse, un liquide sombre & bousculé. Je ne ressens aucune crainte, seulement de la fascination: jamais je n’avais vu un orage animé d’une telle rage. Et cela dure: pas une grosse averse ponctuelle, pas un méchant nuage, non! Cet orage s’avère terriblement long. Ou bien se déplace-t-il en même temps que nous?

Il y a tant d’eau au dehors que je commence presque à me sentir pousser des branchies — lorsqu’enfin la pluie se calme un peu. Calme tout relatif, mais après la violence de l’orage cette seule pluie nous fait l’effet d’une complète accalmie.

Illusion seulement: l’essuie-glace arrière étant tombé en panne (bien le moment! Et alors que la voiture est neuve!), le pauvre Gizmo se gare sur le parking d’une aire & sort pour tenter de faire repartir la raclette réticente. Ouch! Notre conducteur est immédiatement trempé. Assis à l’avant, je sens des gouttes durant le moment pourtant bref durant lequel la portière est ouverte.

Gizmo passe derrière la voiture, tapote son essuie-glace devenu essuie-coffre. En vain. Il le manipule, le remonte, le redescend. Éclairé indistinctement en rouge par les feux arrière, brouillé par l’eau qui ruisselle sur la vitre, le Gizmo se transforme en étonnant & hilarant spectacle d’ombres chinoises.

#296

Fin de l’été. Temps maussade & orageux, ce qui étant donné ma nature contraire n’est pas vraiment pour me déplaire.

Bruno, mon « cousin d’Amérique », m’a fait parvenir un de ses nouveaux tableaux, réalisé spécialement pour moi. J’aime. Beaucoup. Nouvelle manière, nouvelle matière, nerveuse & assez violente, mais très belle. Celui de notre copine Lily est également superbe — très froid celui-ci, mais laissant filtrer une étrange lumière. Je regrette un peu que le format des tableaux de Bruno ne permette guère de les scanner, pour en mettre en ligne sur mon prochain site perso, par exemple — il n’est pas nouveau que j’admire son travail pictural.

Pas d’excursion à la Braderie de Lille pour moi cette année — dommage. Dimanche dernier, en revanche, fut l’occasion d’une brève escapade en Provence, en la petite ville de Nyons. Un de ces intenses moments d’amitié/détente comme je les aime. Je n’ai pas encore mis en ordre mes notes sur cette agréable quoique pluvieuse journée. On verra si je le ferai; pas vraiment d’obligation de toujours « suivre » chaque instant de mon existence, n’est-ce pas?

Et puis pas la grande énergie, ces jours-ci. Un peu de vague à l’âme? Ou plutôt un simple passage calme…

Quoique j’avance bien sur le scénar de la BD (que j’ai hâte d’achever) ainsi que sur une nouvelle. À défaut de temps partiel, mon boss (qui a ses propres impératifs mais n’est pas un chien) songe à me proposer une organisation « différente » de mon temps de congés, pour l’année prochaine. Pas facile à organiser, ça. Ce serait, disons, un pis-aller à défaut de temps partiel. Avec le désagrément d’émietter mes vacances sur toute l’année — ce qui ne serait pas forcément de tout repos, somme toute. Enfin, nous verrons. Rien de tout ceci n’est facile: décidément l’emploi de libraire est assez exigeant. Mais soyons franc: en dépit de ma très forte envie d’écrire plus, de m’investir toujours plus sincèrement dans une activité d’écrivain, je demeure libraire dans l’âme & n’aurais guère envie d’exercer un autre métier « alimentaire »…

Côté lectures, outre que j’ai du me « payer » pour Denoël le parcours d’un épouvantable manuscrit — d’un auteur assez connu qui s’est ici laissé aller à une sorte de méli-mélo de cul & d’horreur, atrocement ringard (j’ai décrit ça, sur ma fiche de lecture, comme une sorte de très mauvais Pagel) — , & puis outre bien sûr que je poursuis avec délice la bio de Jacques Tati; je lis avec une sorte de plaisir très doux A home at the end of the world de Michael Cunningham. Un roman datant de 1990, sur le parcours d’un trio à travers les aléas de l’amour & la difficile recherche d’un équilibre. Deux garçons, Bobby le calme rêveur indécis & Jonathan le gay speedé, et une fille indépendante & grande gueule. Je suis enchanté par la précision de touche & la douceur sans mièvrerie de ce roman. Une tranche de réalisme toute en nuances, sur le désir, l’incertitude existentielle, l’opacité & la tendresse des autres…

Je viens de faire une recherche, ce roman existe en français: La maison au bout du monde, au Livre de Poche. Joli résumé:

« De Cleveland à New York, du temps des hippies à celui du sida, l’histoire de Jonathan et Bobby, deux amis d’enfance, couvre vingt-cinq ans. Après l’ivresse de liberté des années soixante-dix, les personnages sont à la recherche d’un refuge, d’une  » maison intérieure  » dans ce monde déboussolé. Objet du désir, lieu géométrique des contradictions : la famille, à détruire ou à retrouver, à fuir ou à reconstruire. »

#295

Mon jeune camarade & néanmoins colocataire, le sieur Davenas, vient de se lancer à son tour dans l’art du weblog… Sous le titre des Eaux Troubles il devrait désormais gloser musique — musiques sophistiquées, s’il vous plaît: progressive rock & tutti quanti. Et puis de ce qu’il voudra d’autre, of course!

As he says: « Ayant profité de cette période de silence « littéraire » pour élargir mon amour de la musique à d’autres contours esthétiques, je reprend la plume avec l’espoir, un peu hésitant, de piquer la curiosité de quelques fêlés de ma trempe. »

Bienvenue dans la famille des bloggers francophones, Olivier. 😉