#79

Entendu aujourd’hui, dans la librairie où je bosse…

Un gamin, contemplant les immenses piles de bouquins: « Oh là là, qu’est-ce que ça pue les livres ici! Je déteste l’odeur des livres. »

Un homme, entrant dans la boutique avec un micro-onde collé contre l’oreille: « Oui mais il faut que tu me dise dans quel coin je vais trouver ça, parce que c’est plein de livres là-dedans! »

#78

Ce n’est pas terrible, ces horaires provisoires à moi que j’ai. N’être libre que le matin (par opposition avec l’après-midi) ne me pousse pas à bosser, maquetter, écrire… Mais bien plutôt à glander chez moi, sans vraiment rien faire — si ce n’est lire des weblogs, par exemple. Le temps gris n’aide pas non plus à me donner la pêche, faut dire: ciel tout blanc/gris, lumière faiblarde, j’ai l’impression de ne pas être encore vraiment réveillé…

Les weblogs sont-ils de la littérature? Ou bien aller régulièrement lire les humeurs & impressions de Meg-de-Londres, de Meg-de-San Francisco ou d’Anna-de-Iona est-elle une démarche relevant du voyeurisme? Sans doute un peu… Pourtant, ces trois filles (parmi une foultitude quasi infinie de weblogs disponibles — comment les découvrir sauf en tombant dessus par hasard & par recommendations d’autres personnes?) ont un sacré beau brin de plume. La londonienne (Meg Pickard) estime d’ailleurs être en train de devenir une véritable écrivain — et le prouve avec les petits textes qu’elle a archivé ailleurs sur son site (rubrique « Words »); sa soeur Anna me fait rire & me passionne autant que n’importe quel bon bouquin de litgen — bref: ce sont de vraies vies mais leur mise en scène par le biais des weblogs les transforme en littérature. Une autre forme de littérature, en tout cas. Nouvelle & intellectuellement excitante.

Et démocratique, aussi — à sa manière: certes, tout le monde ne possède pas un ordinateur; tout le monde ne possède pas le même accès au Web (plus ou moins coûteux, plus ou moins rapide). Mais quand je pense que fut un temps on nous prédisait la mort des Lettres suite à l’envahissement de l’informatique dans nos vie… Au lieu de quoi, on ne cesse d’inventer de nouvelles façons de communiquer par écrit. De nouvelles manières de faire de la littérature, et de donner l’accès à celle-ci. Enjoy!

#77

Le plaisir du lundi soir: regarder sur Monte Carlo TMC deux épisodes de Agatha Christie’s Poirot.

Je suis littéralement sous le charme de cette série télé — l’une des plus soignées, des plus raffinées, des plus délicieuses qu’il m’ait jamais été donné de voir.

Je n’ai pas relu d’Agatha Christie depuis mon adolescence, je ne saurai donc juger du degré de fidélité des adaptations à l’oeuvre originale. Mais pour ce que je m’en souviens, cela me semble remarquable. Et même si ce n’était pas fidèle, ce serait à tout le moins une re-création exceptionnelle. Car David Suchet (l’acteur) est Hercule Poirot! Adorable, généreux, prétentieux, tatillon, perspicace, suffisant, ridicule, touchant, redoutable… Suchet/Poirot est tout cela à la fois. Ah, ces pétillements malicieux dans les yeux!

Quant aux décors, ce sont chaque fois des bonheurs de recherches/reconstitutions Art Déco. Poirot vit totalement dans l’Art Déco, au point que cette série prendrait presque l’aspect d’un univers parallèle où le monde serait demeuré bloqué dans les années 1930… Je ne sais quelle est la part des décors véritables et des constructions en studio, mais toujours est-il que le décorateur fait dans chaque épisode des prodiges d’esthétique.

Et il faut également parler du générique: un splendide dessin animé — de style Art Déco, cela va de soi.

Il paraît que le défi de cette production serait de parvenir à réaliser toutes les enquêtes de Poirot. Le travail est d’ampleur… herculéenne, mais l’équipe comme les acteurs semblent de taille à le mener à bien.

Une seul, minuscule, regret: que la V.O. ne nous soit pas accessible en France — j’ai parfois eu l’occasion de voir des épisodes à la télé anglaise, et Suchet y est encore plus délicieux: il parle avec un terrible accent franchouillard & parsème ses dialogues de mots français. Je craque.

#76

Tiens, j’avais encore oublié! Bon, cette fois faut que j’en parle: lorsque j’avais évoqué le recueil Je pensais que mon père était Dieu de Paul Auster, j’avais songé à aussi parler d’un autre bouquin, assez similaire. Et puis ça m’est sortit de la tête. Puis lorsque ces derniers jours j’ai parlé de villes & de rêves, j’y ai repensé — et ai encore oublié.

The Tiger Garden est le titre de ce livre dont je voulais parler ici. A Book of Writers’ Dreams est son sous-titre, et il explique assez bien par lui-même de quoi il s’agit. Il est paru en 1996 chez le petit éditeur anglais Serpent’s Tail — et fut réédité aux USA l’année suivante, par la branche américaine de la même maison. Ses royalties vont à Amnesty International.

C’est Nicholas Royle, un écrivain britannique plutôt versé dans le fantastique, qui en a eu l’idée: réunir des témoignages d’écrivains sur leurs rêves. Nothing fancy, comme diraient les Britanniques: le principe était de ne pas faire de la littérature, mais de rédiger simplement, directement, un rêve. De manière brute, quasiment.

Le résultat est fascinant: 222 rêves. De quoi avoir le vertige! Nicholas Royle étant proche à la fois des milieux de la SF, de l’horreur et des jeunes auteurs/nouvellistes britanniques « branchés », les écrivains témoignant dans The Tiger Garden sont donc surtout représentatifs de ces mouvances-là — mais on y trouve en fait un peu tout le monde (anglo-saxons uniquement, à l’exception d’une note de Kafka, et du français Jean-Daniel Brèque — traducteur, & auteur d’une poignée de remarquables nouvelles fantastiques; mais cela s’explique: Brèque est surtout publié en Angleterre, curieusement). Quelques noms? Brian Aldiss, A.S. Byatt, Jonathan Carroll, Barbara Cartland (!), Jonathan Coe, Louis de Bernières, Chris Fowler, Nicolas Freeling, Neil Gaiman, Robert Holdstock, Michael Moorcock, Joyce Carol Oates, Geoff Ryman, Will Self, D.M. Thomas, etc, etc.

Ah, et puis pendant que j’y suis: dans le même genre, il faut aussi évoquer Le cheval blême, par David B. (chez L’Association, 1992). Les rêves (cauchemars, plutôt?) d’un auteur de bande dessinée (N&B, dans un style proche de Tardi). Là encore, une lecture qui fascine, dérange, ne laisse pas indifférent…

#75

Comment? Un dimanche et je ne me suis même pas donné la peine de poster quelque chose?

Ben non, en tout cas pas pour l’instant: je viens de terminer la maquette d’un bouquin (Étoiles Vives n°9, à sortir en janvier) — content d’être débarrassé de ce boulot assez chiant & dont je n’avais plus l’habitude — et du coup je continue un peu sur ma lancée. Je change la maquette du blog! Hum, vous trouvez ça comment? J’hésite encore…