#1844

Plus d’un an à ne mettre les pieds aux Chartreux que sous la forme d’une fiction, puis deux semaine d’affilée deux conférences. Hier soir donc, encore des mondanités littéraires: petit speech de Thomas Morfin, auteur d’un beau recueil de poésie en prose chez l’Arpenteur, suivi d’un cocktail pour le moins intime dans une jolie salle où j’avais déjà déjeuné une fois en compagnie de mon archevêque de parrain et du gratin des prêtres de la maison. Cet établissement exerce chaque fois sur moi une sorte de fascination amusée: le dôme de St Bruno découpé en surfaces nettes par les projecteurs nocturnes ; les vieux murs élégants ; les chants féminins qui s’échappent de la petite chapelle ; le silence des couloirs ; les hauts rayonnages de livres anciens de la bibliothèques des Missionnaires… Cette fois, j’ai même eu la tâche d’ouvrir cette dernière. L’enfant athée de l’enseignement public que je suis jubile en ces lieux.

#1843

Lectures… Deux recueils de poésie en prose: Le Débat solitaire d’Hubert Voignier et L’Enfance de personne de Thomas Morfin (deux Lyonnais renversants). Et deux romans français: Nuigrave de Lorris Murail et Les Démons de Paris de Jean-Philippe Depotte. Le premier a été largement incompris dans les chroniques web que j’ai lu, chroniques qui comme presque toujours ne témoignent que des limites de leurs auteurs. Pour moi, ce Murail est un formidable moment de légèreté sur des sujets graves, et cela, c’est très fort. Une SF traçant le même sillon qu’un R. C. Wagner, c’est-à-dire avec du style, du futur proche pertinent au monde actuel, de la banlieue en ébullition, du sérieux sans se prendre au sérieux, et un brin d’influence jeuryenne. De son côté le beau roman de ce nouveau Jean-Philippe, apparemment arrivé par la Poste comme celui d’un Jaworski, est une très agréable découverte. J’ignore pour quelles raisons stratégiques on a caché ce chaud et sulfureux roman fantastique sous une couverture neutre et froide de polar historique bien propre sur lui, mais de fait, voilà une littérature charnue, qui pratique l’hommage jubilatoire à l’imaginaire populaire avec une formidable richesse de langue (à l’image de Pécherot ou de Le Corre avant lui et dans le domaine du véritable polar historique). Et ces deux romans sont autant d’exemples d’une littérature de l’imaginaire où les mots « de langue française » prennent tout leur sens: qu’il est agréable de lire de vrais écrivains, de tels raconteurs d’histoires !

#1842

Sanction contre la démocratie : plus de 53% d’abstention (56,82% en Rhône-Alpes !), c’est la victoire de la débâcle civile, de l’imbécilité inerte — comme vient de le dire Jean-Luc Mélenchon: « On a franchi la cote d’alerte démocratique, le pays est en train de mal tourner »… Depuis longtemps j’estime que nos voisins ont bien raison d’avoir rendu le vote obligatoire, c’est d’un pragmatisme qui me semble sain.

#1841

Étais aujourd’hui à un salon du livre en banlieue lyonnaise, à Champagne-au-Mont-d’Or. Jamais vu un bide pareil: pas une signature, en fait il n’y avait absolument personne dans les allées, strictement aucun public. Sidérant. Pour me remettre, en rentrant, j’ai regardé Where the Wild Things Are de Spike Jonze & Dave Eggers. Ooooh. Extraordinaire. Aisément le film le plus étrange que j’ai jamais vu. Et beau, mais beau! Cependant, je ne m’étonne plus que cette merveille n’ait pas trouvé une audience. Much too weird, I suppose, and not for kids anyway.

#1840

Riche soirée, hier. Tout d’abord, vu une dense et fascinante conférence aux Chartreux sur « le photographique », par le très kantien Jérôme Thélot ; puis regroupement dans un bistro du bas des pentes, devant une demi-douzaine d’huitres et un excellent vin blanc, en compagnie de mon ex-coloc, de sa copine et de l’archétype même du « prof charismatique », une figure lyonnaise que j’adore — il avait posé pour l’Hercule Poirot de la couverture du Bibliothèque rouge sur ce héros. Dans les « Harry Potter » pour moi le personnage d’Horace Slughorn, c’est lui tout craché. Il nous entretint des troubles relations de son grand-père avec Bernard Faÿ et Lucien Rebatet, des livres des hussards et des potins de la cité scolaire où il officie. Un succulent moment littéraro-mondain à la lyonnaise.