#4096

Il y a peu, mon excellent camarade Patrick, vil tentateur, m’incita à acquérir un lot de vieux guides sur Londres, qui rejoignirent ma collection en la matière. C’est dans ceux-ci que j’ai pioché quelques brèves descriptions d’un quartier que je savais avoir disparu sous les bombes allemandes : Paternoster Row, cher notamment au détective Harry Dickson. C’est le bonheur d’une uchronie d’offrir ainsi un décor qui en vérité, de nos jours et dans notre univers, ne présente pas le moindre intérêt : les lieux n’accueillent plus que des immeubles récents et des boutiques de chaînes. Alors que pour le parrain de Bodichiev (un personnage que je regrettais de n’avoir presque pas mis en scène jusqu’à présent) il s’agit toujours d’un havre de bouquinistes et d’éditeurs, un délicieux coin de Londres abrité sous Saint-Paul, labyrinthe de petits bâtiments du dix-septième siècle emplis d’une quantité prodigieuse de livres. Je m’efforce dans ce « roman choral » que je construis lentement de faire le portrait des gens et des lieux de mon univers parallèle, plus en détail et de manière plus multiple qu’à travers la focale forcément étroite des nouvelles du cycle.

#4095

Au petit matin, je me suis dit que zut le week-end passait beaucoup trop vite et que c’était déjà lundi… Mais au réveil non en fait, nous n’étions encore que dimanche, quel soulagement ! Flûte, rien du tout à la brocante, bien pauvre depuis quelques mois hélas. Rentré, je me suis mis à écrire une bonne partie de la journée, l’inspiration étant là, entre quelques lectures (un polar catho et du « nouveau roman » version Claude Mauriac, ouais cherchez pas). Et puis un peu de boulot ovin le soir. Ah flûte, cette fois c’est vrai, ça va bien être le lundi…

#4094

Longue promenade du samedi matin dans une nature givrée, le sol craquait comme une moquette de palace et le soleil éblouissait en bord de Garonne. Fossés blanc bleutés, digue verte, lointains bruns et, accroché aux bras dénudés des arbres, le gui en hautes boules crochues. Puis les roseaux diaphanes dans la lumière.

#4093

Finalement, la ville est revenue, brillante et froide sous un soleil auquel deux jours durant l’on ne croyait plus. Au jardin, les capucines sont froissées par le gel et le géranium de Madère frileusement emmailloté d’un protecteur voile blanc.

#4092

Mais qu’ont-ils donc fait de ma ville ? Revenir de Marmande hier soir c’était confronter devant une gare gommée le fantôme de Bordeaux, parcouru de fumées grises et de brumes blanches. Un simple souvenir urbain, borné d’horizons en coton sous un ciel sans lumière, étouffé et glaçant, où même le soleil ne figure qu’en une étincelle perçante.