#6070

Hier soir, rentrant un peu fourbu d’une journée à la librairie, j’ouvris vite la porte du jardin à l’insistance de la chatte, que son enfermement d’un jour avait un peu énervée. Je n’eus pas le temps de finir de relever le store qu’un pépiant boulet gris fonça au-dessus de la clôture, hoquetant d’une stridente colère. Ma chatte effectua une sorte de huit, précédée d’un autre volatile, elle qui jamais ne chasse et ne réagit guère depuis deux ou trois au vacarme impudent des merles grattants le sol de mon micro sous-bois. Avec un cri de détresse, la merlette pourchassée vint se loger à mes pieds, sous la petite table métallique de jardin. L’air vaguement éberluée, ma chatte ne la suivit pas et, me penchant, je ramassai l’oiseau prostré. Dans ma paume, la merlette se redressa sur ses deux pattes, secoua un peu le désordre de ses ailes, puis resta à respirer, regardant autour d’elle et me considérant d’un œil sombre. Un bon quart d’heure je demeurai ainsi, debout sur la terrasse, immobile un oiseau dans la main. Mon téléphone laissé à charger dans le salon, je ne saisi pas de photo de ce curieux instant aviaire. Enfin, la merlette se redressa, enserra une seconde mon pouce de sa griffe puis étendant ses ailes brunes, elle s’envola, alla se jucher sur une branche du troène au-dessus de moi. Un autre quart d’heure, elle resta là à reprendre ses esprits, puis dans un froissement de feuilles alla rejoindre l’autre merle qui, plus haut, continuait de cadencer son alarme.