#2233

… et donc, du fait de la pingrerie d’un hôtel étonnant de médiocrité (Ibis sur Hunter Square: à éviter), mon habituelle boulimie de journaux de voyage fut cruellement frustrée. McScrooge Accor m’a tuer. Pour autant bien sûr, toutes les images de ce court séjour à Édimbourg me tournent en tête, encore et encore.

Je savais, en voyant cette ville, qu’elle allait pénétrer dans mon imaginaire. Tout y est: les hauts et les bas — je n’aime jamais tant une ville que lorsqu’elle a une géographie très mouvementée, ainsi ai-je adoré la collineuse Lisbonne alors que la plate Vienne ne m’a guère inspiré, en fait je trouve finalement que Lausanne, toute petite qu’elle soit et artistiquement quelconque, est bien plus intéressante que la capitale autrichienne ; les contrastes profonds — Old Town, New Town, quartiers West, port de Leith, plage de Portobello ; les chocs de la nature et de l’urbanité — des montagnes en pleine ville, la nature sauvage à deux pas, la brutalité des murailles du château, la sinuosité du la Water of Leith au fond de son étroit canyon ; le ciel tumultueux, les rayons rasant du soleil en fin de journée, les pavés luisants d’humidité ; le gothique dans toute sa violence et sa noirceur — ses piques et ses crocs, quelque part entre Druillet et Schuiten — ; le stupéfiant cimetière de Calton Hill, l’empilement de Victoria Terrace sur Victoria Street ; les kilomètres de pierre grise ; le grès rouge… Enfin bref, cette ville m’a captivé, enchanté. Oh je m’y attendais, pour avoir lu cette ville tant et tant, dans les pages d’Alexander McCall Smith, de Ian Rankin, de Ken MacLeod ou de Kate Atkinson, et dans des films ou des séries. Mais en vrai, quelle puissance massive, quelle présence incroyable. Et Édimbourg est plus multiple, plus étonnante encore que je ne l’avais envisagé de loin. A-t-on idée de bâtir telle cité sur des volcans et dans de telles crevasses, quelle géniale arrogance de l’humain sur la géographie.

#2231

En tout cas, si j’habitais dans l’archipel britannique je risquerai fort de glisser un tantinet dans l’alcoolisme. Non pour le whisky (pouah) ni pour la bière (je n’aime que celles que Sara, belge et femme de goût, me fit parfois découvrir), mais pour certains cidres — surtout le Strongbow (ou le Bulmers, c’est pareil). Bon, il n’est qu’à 4,5° mais quand même… Ah, ce goût de pomme me manque déjà, après deux semaines (Londres puis Édimbourg) à m’en délecter. Tiens, quand je vous dit que l’Église est à la ramasse: au lieu de sanctifier d’anciens papes dont le seul miracle fut de faire installer une piscine au Vatican, pourquoi on ne béatifie pas plutôt d’authentiques grands bienfaiteurs de l’humanité, tels que Clément Faugier (la créme de marron, ce nectar) ou Percy Bulmer (fondateur de la brasserie qui fait le Strongbow), par exemple?

#2229

Un petit tour dans le nord…

Trois jours à Édimbourg. Il y a des mots que je ne connais qu’en anglais, des mots de certaines chose: gables par exemple. Mais en fait, c’est le même mot en français. Et des gâbles, il n’y a que ça, ici. Les toits et les arrêtes des plus beaux bâtiments, dans leur présence gothique sombre, presque menaçante, se hérissent de gâbles. Les clochers et les flèches foisonnent, déchirant le ciel bas, et le nez en l’air je bois du regard ce décor si souvent exploré en littérature, en films, en séries, et qu’enfin je parcours. Croisé les ombres de Dracula (un ancien théâtre), du Dr Jeckyll (un conseiller municipal cambrioleur, le deacon William Brodie, inspira Stevenson) et de Holmes (bu un coup au superbe pub The Conan Doyle). Ah, et de l’inspecteur Rebus bien sûr (Fleshmarket Close).

Croisé aussi le spectre de la supposée avarice écossaise – un hôtel Ibis où il faudrait payer un supplément journalier pour avoir la wifi, où la tv est à options payantes, où l’on manque d’oreillers et de couvertures, où il n’y a qu’une prise adaptateur pour tout l’hôtel, où l’on fait les chambres quand on a le temps… C’est plus Accor, c’est Scrooge McDuck, comme gestion.