L’application météo ne sait plus à quelles données se vouer, qui annonce des averses fantômes et repousse de semaine en semaine le retour d’une pluie d’ordinaire si habituelle pour Bordeaux. Gris mélancolique ou bleu métallique, le ciel ne promet plus rien, et le capitaine en son jardin meurtri de guetter les derniers fruits d‘une saison déjà automnale. Le minuscule miracle d’une grappe d’arbouses le fascine plus particulièrement, tandis qu’avançant sur sa nouvelle bruxelloise il rumine un peu sur une nouvelle bordelaise, au principe que ce qui est fait n’est plus à faire.
Archives de l’auteur : A.-F. Ruaud
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Le vent bavarde dans les feuilles du noisetier, le bleu du ciel se froisse à peine de quelques brindilles blanches, un pigeon interrompt un instant ses roucoulements pour aller boire. Dans cette paix dominicale, au réveil puis au sortir de la douche des fragments d’une nouvelle bruxelloise exigèrent d’être notés : amusant comme cette fiction permet d’exposer quelques particularités de mon uchronie, encore. Construite en flash-back à partir de l’époque de la retraite de Bodichiev, ce sera la dernière de ce recueil de voyages — dont seules deux autres nouvelles sont déjà composées.
#5097
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En quelque sorte, je suis apatride : venu en Touraine pour un long week-end, je me juges de retour en pays d’enfance, je me réjouis de voir défiler des noms comme Chinon, Savonnière, Avoine, Langeais, Cinq-Mars-la-Pile… Mais en vérité, je n’ai jamais habité en Touraine, c’était le pays de mon grand-père et c’est celui de mes parents. De même suis-je merveilleusement bien à Bordeaux, j’y ai une cousine chère et mon parrain bien sûr, mais je n’y avais habité que trois années dans ma jeunesse. Ce sont mes pays de cœur, tandis que j’ai été élevé en région parisienne et ai habité çà et là étant môme, avant que le hasard me conduise à un long exil lyonnais d’une trentaine d’années.

