#2539

Dans mon bout de jardin lavé de frais, la nature s’éveille. Jacinthes et glaïeuls ont poussé leurs lances vertes en petits bouquets pointus, le sol se couvre des feuilles rondes et des minuscules fleurs roses des myosotis, et le camélia porte plus de gros boutons rosés que de feuilles charnues. La marguerite présente une unique fleur blanche.

#2538

Ayant éteint la musique je remarque un murmure, un froissement, c’est la pluie et j’avoue bien aimer l’entendre, le soir, chanter doucement au dehors. Comme une présence pour accompagner la lecture nocturne. Je tend l’oreille, un train passe aussi, sourd grondement, mais l’averse domine, pianotant le verre des vasistas, là-haut, léger, léger.

#2534

Mandou rentrant d’une petite escapade nocturne sur les toits, hier, avait le pelage qui sentait cela : la fumée, le bois brûlé. Me promenant dans les rues du quartier Saint Seurin en début d’après-midi, c’est encore cette odeur que je perçus, celle d’une ville hérissée de cheminées. Un Bordeaux en vieille dame au parfum hivernal de feu de bois, avec juste une touche d’astringence crayeuse dans ses rides de pierre et, parfois, dans une ruelle, peut-être un soupçon de pipi de chat.

#2531

Souvent, à l’époque où je vivais à Lyon, ai-je raconté sur mon blog qu’à travers mes rêves transperçait fréquemment une envie d’habiter ailleurs, d’autres maisons, d’autres paysages. Depuis que je suis à Bordeaux cela ne m’est plus arrivé, me semble-t-il. Cette nuit pourtant : ma chambre sous la pente du toit, devenue une verrière, se perchait sur le dos immense d’un dirigeable et j’entendais distinctement le lent tchouf-tchouf-tchouf des hélices propulsant la maison — sauf qu’il s’agissait en fait de la percussion des gouttes de pluie sur le vasistas.

#2528

Comme l’on dit à la météo, « l’épisode de froid » semble terminé. Sous le gris perlé du ciel perce un léger bleu d’aquarelle et dans la lumière rendue un peu poussiéreuse par l’humidité tout ruisselle, dégoutelle, plic-ploc chanterait Trenet. Beau temps pour lire au salon avec une tasse d’Earl Grey à portée de main, slurp ferait un Anglais.