Sous la douche ce matin, j’entends soudain quelques crash et badaboum en provenance du salon puis du bureau. Enveloppé de mon confortable peignoir de couleur bordeaux (forcément), je me lance dans une investigation. Aha, comme dirait Harry Dickson sous la plume de Robert Darvel, l’étroit croupion de Mandou s’agite auprès de l’imprimante. L’animal file vers l’entrée, dépose son forfait sur le large paillasson. Un moineau, bien entendu, il fallait bien que cela arrive, à force que ces sots volatiles fassent d’audacieux plongeons au-dessus de la terrasse. Bref, la criminelle en fourrure joue avec sa proie emplumée, qui s’agite, tressaute, pépie faiblement. Quelques rémiges et brins de duvet furent semés en mon logis. Enfin, la petite chatte s’avance vers moi, l’air candide. Je me baisse donc vers l’oiseau, monte le déposer sur le toit en me penchant par un vasistas, et redescend passer l’aspirateur sur les restes misérables de cette chasse sauvage.
Archives de catégorie : Bx
#2468
N’ayant jamais eu de jardin, aussi petit soit-il, observer les « progrès » du mien m’amuse considérablement. En quatre jours d’absence, par exemple, que de changements : les pieds de menthe ont fort grandi, la bouture de figuier s’est réveillée avec quelques petites feuilles, le plant de potiron porte trois grandes fleurs d’un beau jaune d’or, le bambou à tronc noir a lancé trois nouvelles branches, et il y a déjà deux tomates.
#2467
L’une des choses que j’apprécie, dans ma nouvelle ville à moi que j’ai, c’est sa tranquillité. Provinciale, endormie? Tant mieux: je me suis rendu compte, depuis que je ne suis plus plongé dedans, que je ne supportais plus guère l’embouteillage permanent, le bruit, la pollution, la foule, en lesquels Lyon s’est transformée peu à peu. Tandis qu’ici, je savoure le silence. Dans les rues, descendant à la Poste tout à l’heure, je n’ai entendu que le léger roulement des roues de mon chariot et les pépiements d’oiseaux. Et puis je me surprend à observer le sol : une autre chose que j’aime, cette flore irrépressible qui pousse et grimpe partout, dans le moindre interstice des pavés du trottoir, en bas des murs, au pied des marches. Parfois visiblement entretenue de main d’homme, la plupart du temps sauvage, spontanée. Négligé? Je préfère cela à des rues vides, sèches, ici la végétation ajoute un peu de poésie au silence de la rue.
#2464
Notes éparses.
Curieux rêve ce matin, ma chatte Jabule n’avait pas sa fourrure tigrée mais l’espèce de pelage en plume d’un kiwi, vert-maronnasse.
Lassitude, trop de fatigue accumulée depuis novembre dernier et ça ne cesse jamais, quant aux mauvaises nouvelles et autres tristesses elles ne cessent pas non plus d’arriver ces dernières semaines. Je me doutais bien que cette année ne serait pas aisée à gérer en termes de charge de boulot, cela se confirme. Plus que la fatigue elle-même, ce qui m’énerve ce sont mes oublis et erreurs.
Ce matin je suis descendu à la Poste et du coup, plutôt que retourner tout de suite bosser, en dépit de la bruine j’ai été un peu me promener — à pied et en bus. Acheté chez Mollat le petit bouquin sur Maurice Rosy, lu d’une traite en rentrant. Joli portrait d’une vie d’artiste.
J’ai compté : de la gare à la place de la Victoire, il y a 18 salons de coiffure, sur le cours de la Marne. Dans le bus, deux bonnes femmes parlaient haut et fort, une autre leur demanda de baisser le ton, j’entendis tout de même la grosse exprimer, une fois passée la Victoire, son soulagement de « regagner la civilisation ». Eh bien, alors il faut croire que les « non civilisés » prennent un soin très particulier de leur chevelure, tandis que du côté des civilisés (cours Aristide Briant) je ne vis qu’un seul salon de coiffure, et encore je crois qu’il était fermé.
#2460
Les deux premiers jours, Carmilla, la chatte noire, a résolument refusé de mettre une seule patte dehors. Elle avait déjà considéré avec un mélange de crainte et de méfiance l’escalier, lors de notre installation, et maintenant c’était au tour de ce terrible extérieur de lui inspirer une têtue réticence. La plus jeune, Mandou, fonça aussitôt dehors, trouva le moyen un soir de se glisser sur le toit, protesta lorsque nous finîmes d’installer la palissade de bambou — l’empêchant par conséquent de bondir sur le muret de la voisine pour aller explorer le jardin voisin — bref manifesta le plus grand enthousiasme pour cette nouvelle extension du domaine de ses expériences sensibles et de son espace de vie. Calmement, la grosse mémère grise, Jabule, explora avec circonspection puis adopta sans restriction.
Ce matin je n’avais encore qu’entrouverte la porte de la cuisine, vu la fraîcheur. Mandou, sortie par la porte du salon, considéra cette porte entrebâillée, se leva sur ses pattes arrières et, s’appuyant des pattes avant sur le battant, ouvrit en grand la porte offensante, avant de s’éloigner sur la terrasse. Quant à Carmilla, elle campe maintenant dans le jardin, au beau milieu du bouquet de myosotis, tache d’ombre percée seulement de deux lueurs jaunes clignant de satisfaction. Hier soir j’ai du aller la chercher afin de pouvoir fermer pour la nuit, et elle exprima son mécontentement d’une voix grêle.


















