#4075

Qu’est-ce qui m’a réveillé, est-ce la chatte qui quémandait un câlin, est-ce le fracas d’une averse qui tombait au dehors en grandes hachures sonores, est-ce la poussée d’une scène de mon roman ? Toujours est-il que vers 3h du matin j’ai rédigé les prémices de cette dernière, en clignant un peu des yeux sur l’écran et en me disant incrédule que, bon sang, c’est déjà décembre.

#4069

« Il connaissait cette ride de réflexion sur le grand front carré de Bodichiev, le pli maussade au coin de sa bouche. »

Oh oui, là ça tourne un petit peu à l’obsession : la nuit dernière, je me suis soudain réveillé avec deux scènes distinctes en tête, que j’ai vite rédigées – enfin, au moins une amorce de quelques paragraphes à chaque fois, sans quoi j’aurai déroulé les deux chapitres et ne me serais jamais rendormi… Sommeil retrouvé, pourtant je me suis encore réveillé quelques heures plus tard, tout heureux d’avoir enfin trouvé le « gros truc » qui va vraiment marquer l’intrigue de mon roman. Et de prendre encore quelques notes sur l’iPhone. Pfiouh, dite-moi, ne me cachez rien, c’est grave docteur ?

#4066

Un matin gris sur lequel la pluie déverse sa chanson limpide et molle. Peu de pas troublent les pavés luisants, et même les lointains les plus proches paraissent couverts d’une humide poussière.

« Il fit donc comme il en avait l’habitude : flâner, « respirer » l’atmosphère, tenter en quelque sorte d’absorber par ses pores ce que son cerveau n’analysait pas encore. »

#4065

Mais si : documentation. Oh certes j’utilise ce terme en clin d’œil à notre regretté Joseph, mais c’est réel. Il faut vous dire que depuis le début de la pandémie, je lis, en dehors des manuscrits ovins et de mon régime de bédé, je lis essentiellement de mon point de vue d’écrivain. Je veux dire : je suis revenu à une cure de français parce que je faisais des anglicismes, pensais même trop souvent en anglais, il convenait de remédier à cela ; foin donc de mes habituelles lectures en VO, j’ai lu Proust et Loti, Modiano et Le Guillou, Sagan, Ohl, Aymé, Giono, Perret, Samain, Karr, Owen, Carco, Salmon, Jaccottet, Simenon, Maupassant, qui sais-je encore ? Et du polar fifties car il me semble qu’à partir des années soixante la langue a changé, s’éloignant de ce lyrisme classique que je préfère : alors des auteurs oubliés du Masque, du Fleuve ou de Fayard… A la recherche de la musique du français, mais aussi des ambiances, des tournures, quelques détails narratifs, tout pour alimenter la petite machine à imaginer une uchronie. Et en dépit des soucis de santé, s’accrocher, se pousser à écrire, devenir un peu obsessionnel au point que la nuit parfois je profite d’une insomnie pour écrire une scène, ou juste un paragraphe, qui serviront plus tard, portés sur le carnet virtuel du téléphone. Quatre volumes parus, trois autres déjà écrits, et un plus gros roman qui me tourne en tête, se construisant en dépit des doutes.

#4062

« En attendant, une soixantaine d’années de ruine accumulait des entrepôts noircis, des murailles de brique délavée, tout un décor aux couleurs neutres et tristes : celles du vitriol, de la mauvaise terre ou du fer battu. Hautes herbes, chiendent, buddléias arrimés partout, des arbres poussés au milieu de cours, des bosquets au coin des façades. Un vent acide poursuivait le détective. Curieusement, alors que l’on s’attendrait à ce que tout soit abandonné, çà et là des grappes de maisons subsistaient encore, un pub isolé à la haute façade jaune, le fronton bas et gris d’une école. Mêmes causes, mêmes effets, l’on aurait pu se trouver dans un quelconque bourg éloigné de l’East End londonien. »
 

Il y a une quinzaine d’années, j’avais attrapé une bonne grosse grippe. Je brûlais de fièvre à petit feu toute la journée et, lorsque je rentrais chez moi, j’avais le cerveau en ébullition et notais plein de choses dans un carnet destiné à cela, placé bien en vue sur mon canapé : de cette poussée de fièvre date le premier synopsis de ce qui est devenu le roman Menace sur l’Empire, mais aussi les deux amorces de la novella que j’achève, Les Arrière-mondes.