#6312

Coup de fil ce matin : Jean-Pierre Ferrière, l’auteur de polar, est mort hier soir. Il avait 93 ans. J’étais en relation avec ce vieil écrivain parisien depuis une bonne dizaine d’années, je ne l’ai jamais rencontré mais on se téléphonait régulièrement et puis, l’an dernier, j’avais mis en chantier une petite collection de rééditions de polars de type plus ou moins « cosy crime », et en janvier dernier est paru aux éditions Hervé Chopin un premier volume des Sœurs Bodin. Nous allons bien entendu continuer à rééditer les œuvres de Jean-Pierre Ferrière, si vives et attachantes, astucieuses et avec un regard aigu sur la mode, le design, l’esthétique, qui leur donne une vraie coloration « vintage ». Lorsqu’il avait lancé ses deux sœurs enquêtrices, Jean-Pierre était secrétaire de Brigitte Bardot, ça n’avait duré que 9 mois. Le succès de son premier roman, 50 000 exemplaires dans les premières semaines, l’avait conduit à poursuivre dans le polar, tout en devenant scénariste pour le cinéma.

PS : et mon cher camarade Joseph Altairac aurait eu 69 ans, aujourd’hui.

#6134

Fin janvier prochain, les éditions Hervé Chopin lanceront la collection « L’Empreinte », que j’ai le plaisir de diriger. Il y avait une éternité que je rêvais d’une telle collection de polars « vintage » (je l’avais négociée il y a 20 ans chez Buchet-Chastel mais ça ne s’était finalement pas réalisé), et la mode actuelle du « cozy crime » fournit une opportunité idéale pour cela. L’occasion par conséquent de redécouvrir les inénarrables sœurs Bodin de ce cher Jean-Pierre Ferrière, et de découvrir les enquêtes de Colette par Raymond Las Vergnas et son épouse Anne-Marie Soulac (cette dernière n’était pas créditée lors de l’édition d’origine, alors que les manuscrits prouvent qu’il s’agissait bien d’une coécriture). En attendant d’autres jolies retrouvailles avec le roman policier français oublié.

#6128

Ce matin sonna à ma porte un corpulent jeune homme de langue allemande – nous conversâmes en anglais cassé. Au volant d’un petit camion entoilé de rouge pétant, il provenait de Zurich : il venait enfin emporter les archives des Moutons électriques (un exemplaire de chaque tirage, affiches, catalogues, PLV et tutti quanti), dont j’ai fait don à l’aube de la liquidation de la société. Le témoignage d’une vingtaine d’années de travail éditorial qui part à la Maison d’Ailleurs, le musée de la science-fiction sis à Yverdon, en Suisse, que dirige maintenant mon vieil ami Fred Jaccaud. J’aime de longue date ce très beau musée, auquel j’ai rendu visite de multiples fois lorsqu’étant lyonnais je m’abandonnais à l’exotisme helvétique. Ce même matin, j’ai reçu au courrier le roman de Francesco Verso, Les Itinérants, premier de quelques projets ovins qui vont être finalement publiés par la maison Mnémos.

#6108

20 ans et 6 mois, c’est déjà long bien sûr, c’est plutôt une réussite pour une entreprise, me dit-on. Mais cela demeure encore trop court lorsque ça s’arrête : après 20 ans et 6 mois, les Moutons électriques ferment hélas les portes, nous déposons le bilan. Nous aurons lutté jusqu’au bout, mais le concret nous a rattrapé, un vrai mur. C’est la fin d’une chouette histoire. 20 ans et 6 mois avec de belles personnes, de beaux auteurs, des lectrices et lecteurs adorables, mais aussi des galères innombrables, des libraires trop peu nombreux à légitimiser l’indépendance et l’imaginaire, un marché qui ne cessait de réduire. 20 ans et 6 mois et puis s’en va.