#4091

Gageons qu’il s’agira hélas d’un week-end sans marche du samedi matin ni brocante du dimanche matin : 100% de pluie nous annoncent gaillardement les services météorologiques, et je viens d’être tiré des bras de Morphée par l’assaut des batteries du ciel sur mon vasistas, un crépitement liquide brusque et brutal qui interrompit un curieux rêve de voyages dans le temps dans un palais des congrès et de fantôme au néon (don’t ask). Damned and gosh, old bean, de la pluie en hiver, où va-t-on je vous le demande ?

#2991

Deuxième nuit à mal dormir, les yeux plein de sable le matin, à mâcher des bâillements, et des charpies de songes encore en tête, Ayerdhal dans une convention, Mérédith avec un bandeau sur un œil, Michel Pagel qui passait, Melchior et Nathanaëlle dans la bibliothèque de mon grand-père… Plus de monde sans doute que je n’en croise dans le réel en ces années pandémiques…

#2924

J’ai le souvenir que dans un rêve cette nuit, mon logis, ce bateau de pierre, se trouvait soudain sous l’ordonnance gouvernementale d’une distanciation sociale : comme dans un épisode de Harry Potter mais à l’envers, les maisons se séparaient les unes des autres dans de grands grincements calcaires.

#2901

Rêvé cette nuit que je me trouvais à Rome (je pensais m’y rendre en vacances cette année), en compagnie d’une copine ancienne libraire, et nous trouvant dans une grande librairie sur plusieurs étages, faisions des achats de bouquins – il y en avait en français, mais surtout en anglais et en italien, et je pris un Corto Maltese pour un projet de Mérédith (?!). J’ai souvenir que je me dirigeais vers le rayon des fumetti, pensant à des Dylan Dog pour Melchior, quand l’une de mes chattes m’a réveillé. C’est bête, du coup j’ai rien rapporté.

#2799

Une fois encore je repensais à San Francisco, tout à l’heure en arrosant l’énorme bosquet de fuchsia qui occupe la moitié de ma minuscule parcelle de jardin : San Francisco. Une ville où j’ai passé trois belles semaines il y a une éternité de cela, et où il ne paraît que peu évident que je retourne un jour. San Francisco, le décor étonnant de cette série de romans et maintenant feuilleton tv que sont les Tales of the City d’Armistead Maupin. Mais pourquoi les fuchsias me direz-vous? Eh bien parce qu’avec Patrick, un jour, nous perdîmes notre chemin. Et que ce hasard demeure l’un de mes meilleurs souvenirs. Nous voulions nous rendre sur les Twin Peaks et, lisant mal la carte, arrivâmes au pied d’une autre colline, voisine – mais une colline dont les guides ne parlent pas du tout. Le genre de secret bien gardé comme une ville en a souvent, et qu’il fut une belle chance de découvrir. Il s’agissait du mont Davidson et nous l’avons grimpé, par un sentier de sous-bois : c’est là que l’on revient aux fuchsias, car sous les eucalyptus dont les feuilles jonchaient le sol comme des lanières de cuir, tout l’espace était solidement bouché par des buissons de fuchsias sauvages, formant une muraille végétale impénétrable. Jusqu’à la libération, au sommet : l’espace libre, le grand ciel, les pentes herbeuses et une vue miraculeuse sur la ville, avec un bus scolaire jaune serpentant dans les rues résidentielles un peu plus bas, et au loin le miroitement des voitures vers le pont, et tout le fatras charmant et chaotique de cette cité sur des bosses et des creux… San Francisco, que je n’oublie jamais, souvenir puissant et souvent ravivé, que cela soit par les œuvres de Maupin ou par mes propres fuchsias – une cité devenue part de mon paysage mental.