#6288

Un vide : presque chaque mercredi, lorsque je pars me promener avec un ami, j’emprunte la rue Jules-Verne et ne peux m’empêcher d’avoir en passant un regard toujours surpris et admiratif pour cet espace, là, au creux entre les deux pentes. Un vide dans la ville, cerné d’habitations. Un beau terrain vert — une pancarte y annonçait fut un temps des travaux qui fort heureusement ne se sont pas concrétisés : zone inondable, ce creux est le passage d’un ruisseau. Dans une zone urbaine, à un pas de la route de Toulouse où poussent des barres hideuses, ce vide est un événement. Tout comme le silence complet de cette nuit, ce calme immense après le chambard, le fracas, le pandémonium des deux nuits de tempête.

#6287

Bordeaux polar, brûlant électrique dans la nuit brouillée de bruine. Bordeaux tempête, emplie des sifflements, ronflements et chocs du vent. Cadavres de poubelles dans les rues, étalées au sol ou encore titubantes. L’ample oscillation des lampes urbaines qui brasse les ombres. Froissements de taule, heurts de barrières, claquements de portes, tintements de verre, bris de branches, houles de bâches et scooters renversés. Le galop des arbres de la caserne. Un flot d’air qui bouscule et qui arrache la nuit ocre et mouvante.

#6285

« Un cachalot allongeait sa lourde mâchoire en proue des nuées, accompagné d’une flottille de lourds culs rasés de plomb et de reflets de cuivre. Le ciel sur cette ville s’ouvrait toujours en grand, les maisons basses ne retenant pas ses élans. »

#6280

Belle journée sans pluie dans cette curieuse ville d’Angoulême, avec deux bons camarades. Affluence agréablement mesurée, quelques vieux copains pas vus depuis longtemps, quelques copains moins vieux et deux cousins inattendus, de belles peintures de Gus Bofa, de Richard Marazano, des jeunes Victor Pierrey et Rachel Marazano, quelques planches d’Edika, les bêtises géniales de Rémy Cattelain, plein de belles planches au musée, l’expo Bretécher, une expo de jeunes artistes en résidence… et plein de fanzines avec des araignées dedans, et plein de passionnants petits éditeurs, mais je fus hélas terriblement raisonnable et ne revins qu’avec la somme de Michel Lagarde sur Bofa, que je n’avais pas encore achetée. De retour un peu fourbu, mais tranquillement content, de cette jolie excursion en terre de bédé.

#6279

Le ciel crachote et dans ce gris hivernal filtre si peu de lumière que, sur la place à côté de chez moi, le sodium brûlait encore vers midi. Les gouttières tintent et les tuiles luisent. Les voitures passent dans un souffle humide, celui des pneus sur l’asphalte trempé. Un merle chante dans la cheminée. Ce sont les jours frileux de la fin janvier, déjà, le temps est moche mais il passe vite.