#4051

J’ignore tout à fait ce que mon long suffering apprenti pourra faire des deux grosses piles de feuilles en vrac que je vais rapporter. Qu’est-ce qui peut être exploitable dans ce fatras ? Time will tell. Je laisse encore chez Pagel des pochettes de vieille correspondance triées par Roland et des manuscrits soit publiés soit par d’autres — ça devra aller à la Maison d’Ailleurs, je crois. Il fait chaud sur le deck, la petite Iris me tient compagnie, un avion fissure le ciel bleu en grondant. Samedi immobile mais tête en vrac.

#4050

Pause champêtre et vieille amitié (tout juste 40 ans). Tout à l’heure j’irai trier l’énorme caisse d’archives Wagner qui reste encore dans la cave pagelienne, on vient de l’exhumer des tréfonds. Le brouillard levé, il fait une belle clarté d’automne, un doux soleil, se réjouit-il.

#4049

Yeux qui piquent, ville dans le brouillard, jour pâle qui se lève… Départ pour le lointain Tarn afin d’aller rechercher un carton de manuscrits de Wagner chez m’sieur Pagel… Que ne ferait-on pas pour la cause de la littérature, grommela-t-il… Agen vient de passer, brève étendue de tuiles roses après une plate campagne morcelée de haies et de futaies, largement happée par la brume… Verdure brillante et lourds rideaux gris…

#4048

Brouillé de lassitude mais content malgré tout, je viens de boucler la recherche / scannage / commentaire de l’iconographie du beau livre sur Arsène Lupin qui sortira en avril, relu et retouché le texte, voilà, ça c’est fait murmura-t-il dans un dernier râle. Tête lourde et léger vertige, nuque douloureuse, je me pose un moment au jardin pour faire comme la tourterelle gris rosée sur son antenne : écouter les oiseaux, laisser trembler les feuilles et regarder les nuages voguer dans le bleu. La merlette gratte sous le figuier, sans que la dérangent mes fort peu chasseresses minettes.

#4047

La dernière fois que je suis allé à Lausanne j’ai réalisé avec un pincement de cœur que selon toute évidence je voyais ce copain pour la dernière fois – mais je n’avais pas réalisé que je ne retournerai peut-être même pas à Lausanne, cette drôle de ville mal fichue que j’aime beaucoup. La dernière fois que je suis allé à Londres j’ai réalisé que je connaissais tant cette ville que je devais aller en visiter d’autres et laisser un peu de temps s’écouler avant de revenir sur les rives de la Tamise – mais je n’avais pas imaginé qu’entre un Brexit et une pandémie, de toute manière je n’aurai pas le choix, et vraiment j’ignore encore quand j’y retournerai. Pour Montréal c’est différent : j’ai hélas renoncé à me rendre à la World Fantasy Convention où je suis invité début novembre, parce que d’évidence mon état de santé me l’interdirait. Ouais faite pas gaffe, un peu de vague à l’âme.