#5104

La ville grondait, cette nuit. Un tonnerre au loin ou un train mal réveillé, je n’ai su le définir, occupé que j’étais à regarder la lune. Une belle lune bien ronde dans un ciel d’un bleu de soie, et je me demandais comment décrire ce gros bouton de nacre cousu sur un coussin : ma nouvelle en cours sera certainement une histoire de (plus ou moins) loups-garous, j’ai donc trouvé intéressant que le hasard m’offre la documentation nécessaire, si j’ose dire. Je vous rassure, il n’y avait nul hurlement dans les parages, seulement ce roulement percussif et bas qui grondait dans le lointain nocturne.

#5101

« Les lapins, vous faisez quoi les lapins ? »
C’est par ces mots que le monde me réveilla, ce matin. Déjà je somnolais, amusé par les criailleries d’un trio de pies qui se chamaillait au-dessus des jardins. La voix de mon très jeune voisin, qui se prénomme peut-être Elmer, glapit une histoire de chasse au lapin avant cette interrogation étonnée.

#5100

L’application météo ne sait plus à quelles données se vouer, qui annonce des averses fantômes et repousse de semaine en semaine le retour d’une pluie d’ordinaire si habituelle pour Bordeaux. Gris mélancolique ou bleu métallique, le ciel ne promet plus rien, et le capitaine en son jardin meurtri de guetter les derniers fruits d‘une saison déjà automnale. Le minuscule miracle d’une grappe d’arbouses le fascine plus particulièrement, tandis qu’avançant sur sa nouvelle bruxelloise il rumine un peu sur une nouvelle bordelaise, au principe que ce qui est fait n’est plus à faire.

#5096

En quelque sorte, je suis apatride : venu en Touraine pour un long week-end, je me juges de retour en pays d’enfance, je me réjouis de voir défiler des noms comme Chinon, Savonnière, Avoine, Langeais, Cinq-Mars-la-Pile… Mais en vérité, je n’ai jamais habité en Touraine, c’était le pays de mon grand-père et c’est celui de mes parents. De même suis-je merveilleusement bien à Bordeaux, j’y ai une cousine chère et mon parrain bien sûr, mais je n’y avais habité que trois années dans ma jeunesse. Ce sont mes pays de cœur, tandis que j’ai été élevé en région parisienne et ai habité çà et là étant môme, avant que le hasard me conduise à un long exil lyonnais d’une trentaine d’années.