#2763

J’ai rangé ma bibliothèque. Rien que de très habituel, me direz-vous, mais ce fut cette fois des travaux d’un peu plus d’ampleur que d’ordinaire. Au-dehors le temps se gâtait (et je ne parle pas que de la dégradation du lien social ou des interdictions de journalistes, je veux parler de la pluie battante et d’un orage impressionnant) et en dedans ce n’était pas terrible non plus (je suis malaaadeuh, rien de grave mais pas plaisant et plutôt fatigant malgré tout), et puis JDB m’a écrit qu’il allait passer le mois prochain reprendre son stock de livres prêtés (merci encore, mon ami), et dans un sursaut d’énergie, follement, j’ai donc rangé les précieux opus dans des cartons et, ce faisant, déblayé une longue étagère complète. Le rangement s’imposait donc, courage. Allez, « seulement » des lettres A à J, essentiellement, mais il y a de la longueur et de la hauteur. Bref, ça va mieux ainsi, ça respire un peu. En sachant que cette fois, l’horizon est atteint, ne restera plus que la solution des entassements, à nouveau. Enfin, c’est toujours amusant (un rien m’amuse), de ranger une bibliothèque, je suis un rangeur. C’est celle qui occupe le mur principal de mon bureau, celle des romans tous genres confondus — polars exceptés, qui sont sur l’autre mur, et hors jeunesse, qui est à l’étage.

Ce genre d’occasion permet de redécouvrir quelques romans achetés il y a un bail et que je n’ai toujours pas lu (un Ayerdhal, par exemple, le Steven Aylett conseillé par Moorcock, le deuxième Becky Chambers…), ou plus récemment (le dernier Jasper Fforde et les deux derniers Jeffrey Ford), d’éliminer quelques très rares doublons — mais pas tous : comment choisir entre The Jaws That Bite, The Claws That Catch et The Girl With a Symphony in Her Fingers de Michael G. Coney ? C’est le même roman sous deux titres différents, l’un en trade paperback sous couverture et avec des illustrations de Kelly Freas, l’autre c’est le hardcover anglais ; en français il est dans le recueil Péninsule des Moutons électriques, pub) ; ou entre The Ghost in the Electric Blue Suit et The Year of the Ladybird de Graham Joyce, oui c’est également le même roman sous deux titres différents, l’un en hardcover, l’autre en B-format, tous deux superbes… Cela permet également de se faire quelques envies de relecture, car je relis beaucoup, là par exemple je termine la relecture de la trépidante série de fantasy urbaine de Mike Carey, les « Felix Castor » (curieusement plantée en France par un éditeur distrait qui en débuta la traduction… par le deuxième tome). Et pourquoi diable n’ai-je aucune édition de L’Éducation sentimentale de Flaubert ? Il va me falloir remédier à ce scandale. Enfin bref, cela m’a distrait un moment et permit quelques feuilletages agréables.

« Toute bibliothèque répond à un double besoin, qui est souvent aussi une double manie : celle de conserver certaines choses (des livres) et celle de les ranger selon certaines manières. » (Georges Perec)

#2762

Longtemps flâné ce matin à la brocante Saint-Michel, en dépit de la grisaille nuageuse et du peu de bouquins. Il y avait malgré tout comme un petit air estival et j’apprécie toujours d’entendre le monsieur au limonaire chanter l’amant de Saint-Jean, ça met du soleil.

#2757

Hier soir je suis resté un bon moment au bout de ma rue, à bader devant le ciel rose et le soleil de plus en plus rouge comme il s’abaissait sur l’épaule de la voie ferrée, jusqu’à se dissiper dans des tremblements de l’atmosphère. Je suis rentré alors que le ciel s’emplissait encore d’une grande lumière jaune et que, derrière moi, un train faisait sonner sa corne par-dessus son long roulement sourd.

L’image contient peut-être : ciel, nuage, arbre et plein air

#2782

Dimanche. Ce matin il ne me restait presque pas de monnaie, à la brocante, donc il est heureux que je n’ai point eu à hésiter entre divers achats : c’est même avec un certain amusement que j’ai écarté quelques Robbe-Grillet et Duras dans une pile, pour me saisir de romans de Bonzon, Guillot et Berna que je n’avais pas encore. Chacun ses classiques, et si déjà lu les deux premiers avec intérêt, c’est avec amour que je lis les trois autres. Sans hiérarchie littéraire, car aussi bien une semaine précédente j’avais jeté mon dévolu sur une jolie série de Maupassant et encore sur un Modiano, et je regrette somme toute que l’on ne trouve jamais d’Oster ou de Gracq en chinant.

#2778

Un dimanche. S’il faisait fort beau hier sur la « marche pour le climat », il pleuvotait ce matin, ce qui m’ôta le courage de me rendre à la brocante Saint-Michel, d’autant qu’un vide-grenier s’étendait à deux pas de chez moi, dans la rue, barrière de Bègles. Ainsi font les petites gens, monsieur le président, ils s’échangent des petites choses pour de petites sommes, entre eux. Et un seul livre suffit à mon petit bonheur, sous les nuages grisouilleux : un vieil et bel hardcover anglais de 1969, The Essential James Joyce. Au téléphone, ma mère s’étonna que j’évoque mes capucines, mais si, je viens d’ailleurs de lire sur le ouèb que « Dans les régions sans gel, les capucines se ressèment toutes seules et même, dans certains cas, se développent comme des plantes vivaces. » Eh bien c’est le cas ici, dans le grand bac sous l’une des fenêtres du salon ; elles n’ont cessé de grandir et de s’enchevêtrer tout l’hiver et elles fleurissent déjà, ces capucines dont l’ardeur me remet San Francisco en mémoire. Et puis je suis rentré chez moi, lire un peu et travailler un peu.