#2324

Levé relativement tôt ce matin, après une nuit remuée et hachée, et ayant les yeux qui piquaient trop pour poursuivre la lecture du dernier polar à avoir échoué sur ma table de nuit, je me suis résolu à descendre et à sortir — aussi bien, j’avais encore un bon tas d’enveloppes à aller déposer à la moins éloignée des boîtes à lettres normées que la Poste installe si parcimonieusement le long de nos artères urbaines. L’épaule alourdie, je traversais donc les petites résidences sixties des alentours du centre de formation ferroviaire, pour constater que ce jour encore serait bien brumeux. Les bords du boulevard se gommaient donc en blanc-gris léger, assez semblable m’a-t-il semblé au contenu de mes humeurs ces derniers temps, au sein d’un monde qui s’assombrit, me heurte, me fait souvent peur, ne propose que si peu d’intelligence et de compassion et n’offre que de fugaces étincelles d’amitié à saisir très fort. Je n’avais pas remarqué l’hiver dernier que Bordeaux était si sujet au brouillard, inattention, hasard saisonnier, changement climatique?

PS : Traversant le jardin de Mériadeck l’autre soir, j’ai pensé à William Degouve de Nuncques.

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#2322

Bon, ces derniers jours j’étais passablement stressé et irrité par quelques conneries… mais ce matin pleuvent les chouettes nouvelles : un auteur qui prend des congés pour nous écrire son roman ; un autre qui arrête de fumer, ouf ; une autre (américaine) qui s’enthousiasme de notre désir de publication ; la fille d’un autre qui nous écrit une lettre drôle et gentille. Et quelqu’un que j’aime par-dessus tout qui débarque ce soir. Yep, good day so far.

#2321

Le week-end dernier, je disais à ma rousse amie que je ne parviens plus du tout à regarder des « images qui bougent », je n’ai plus l’attention et l’envie de regarder films et séries — je continue seulement à suivre Doctor Who, et encore, l’épisode de samedi dernier, l’habituel machin obligatoire dans une base spatiale toute en couloirs, moué bof, pas encore regardé. Je ne sais pourquoi mais je n’ai plus envie que de lire, de lire, de lire. Plus encore qu’avant, je veux dire. Une exception pourtant : les documentaires. De même que j’avais été rivé à celui sur la photographe de rues Vivian Meier, ces derniers soirs j’ai suivi la 16e saison de Grand Designs, une émission anglaise qui suit la construction de grands projets architecturaux domestiques. J’adore ça.

Oué oué, je sais, je deviens vraiment bizarre. D’ailleurs, lire c’est bizarre, tout le monde trouve parfaitement normal et logique que chacun connaisse tous les derniers films hollywoodiens sur le bout des ongles, et l’on s’étonne rarement qu’en revanche si peu de gens lisent. Les gens sont bizarres, en fait.

#2320

C’est chez mes amis Mauméjean que j’ai vraiment noté pour la première fois la pratique d’avoir des bibliothèques bien définies : tel type de livre ici, tel autre type là-bas. Et cela me frappa comme une évidence, mais dans mon appartement lyonnais, l’espace n’était pas suffisant pour permettre des classements assez précis, des espaces assez définis, quoique bien sûr les BD étaient toutes réunies dans le couloir. L’un des projets de mon rejuquage* dans une maison basse typique de Bordeaux, ce que l’on nomme une « échoppe », était de mieux définir ces espaces de bibliothèques, puisque je vis dans (et par) les livres. Et avec l’installation récente de quelques étagères de plus, je pense être parvenu à réaliser cela : une maison de livres, bien rangée, ou tout au moins, rangée à ma propre satisfaction.

Ainsi ai-je réuni dans le bureau tous les romans, à l’exception de la jeunesse. Sur le mur le plus long, l’ordre alphabétique regroupe SF, fantasy, fantastique, littgen… Ainsi par exemple David Calvo, Albert Camus, David Camus, Richard Canal et Mike Carey se côtoient en rangs serrés. Dans l’angle, s’étagent les biographies et, en bas, les essais sur les litt de l’imaginaire. Sur l’autre mur, les étagères noires regroupent le polar et la litt populaire, essais compris, en double épaisseur + ma collection de livres sur Londres et l’archipel britannique.

Dans le salon, je vis au milieu des BD, littéralement, et en hauteur mes collections de Mickey Parade et autres picsouteries ont rejoint toutes ces images en cases. Livres d’art çà et architecture là, une colonne de poésie et de psychogéographie, une colonne de « nature writing ». À l’étage, une table de nuit pleine des ouvrages sur la nature et une chambre emplie de la littérature jeunesse, l’enfantina de toutes époques + un gros tas de mangas. Et je continue à aimer cela, tout le temps : ranger mes livres, les réorganiser, les apprécier, avoir autour de moi toute cette vie de papier.

*verbe tourangeau signifiant « se poser de nouveau ».

#2319

Back home, de retour d’un doux week-end à la campagne, à essayer de ne pas penser qu’à l’horreur. Il faisait beau, j’avais fait une conférence devant 7 personnes (ooooh), il y avait des chats, il y avait des étangs (poissonneux, me dit-on), il y avait des ruines (les restes d’une superstition ancienne), et on a mangé plein de plats traditionnels de la Mayenne (une belle région sans doute méconnue de vertes collines, située à la frontière entre la Normandie et la Corée).

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