#5191

Jaune intense du colza sous le ciel de striures grises, nous avons regagné l’havre de la Nouvelle Aquitaine après avoir survécu à un week-end parisien de salon pas très fantastique, de bronchite qui me déchire les bronches et les nuits, d’agapes sino-coréennes et de discussions à bâtons rompus sur les nouvelles tendance supposées de la fantasy (gunpowder, geek romance, doom cat et j’en passe de plus confidentielles). Suis un tantinet rompu.

#5186

Une amie me disait à l’instant qu’elle a l’impression de manifester tous les jours ; ce n’est pas qu’une impression. Contre la réforme des retraites hier, pour le Ségur pour tous aujourd’hui (le médico-social est exclu du plan, plongeant les familles dans l’angoisse) ; et qui écoute ? Pendant ce temps, on apprend que des banques se font perquisitionner pour fraude fiscale massive (dont Natixis avec lesquels les Moutons électriques viennent d’avoir maille à partir) ; à côté de la librairie, chaque soir des poubelles flambent devant la fac… Grande lassitude…

#5185

C’est une triste réalité que je trouve désormais plus souvent quelques petites choses d’intérêt dans les « boîtes à livres » qu’en brocante ou en vide-grenier. Cette terrible attrition se vérifia encore hier matin, où je n’ai pas chiné grand-chose à la braderie judaïque à part une poignée de vieux Nancy Drew (Alice) en version originale et un joli vase fifties. Enfin, heureusement m’y suis-je rendu hier, car aujourd’hui rafales et trombes d’eau obèrent assurément toute initiative au dehors. Ce que c’est que de nous.

#5182

Du « storytelling » appliqué aussi bien à la politique qu’à la publicité à la vogue quasi universelle des séries télé, nous vivons dans une société obsédée par les « histoires » : nous voulons que l’on nous raconte, nous voulons du récit. Je n’imagine pas qu’il s’agisse là d’un phénomène nouveau, bien sûr : de même qu’avant les stars de la pop et du ciné, il y avait par exemple les poètes à succès (Lord Byron !) et les étoiles de la danse ; avant notre époque, il y avait déjà les phénomènes des romans-feuilletons, par exemple. L’anecdote des gens se pressant sur le port de New York pour attendre l’arrivée d’un bateau apportant la dernière livraison d’un feuilleton de Dickens ferait pâlir d’envie les best-sellers actuels.
 
Tout cela pour dire que, comme la plupart de mes concitoyens, je suis « accro » aux histoires. « Accro » aux récits, je veux que l’on me raconte des histoires, et tous les jours, tous les matins, tous les soirs. Dans mes lectures personnelles comme dans la production que je m’efforce de faire émerger au sein de ma propre maison d’édition, ce qui me motive, ce qui me propulse, ce qui me met en appétit comme ce qui me nourrit, ce sont les « histoires ». Et quoique d’aucuns estiment certainement que je ne lis et ne publie que des « sornettes » (comme Malicorne disait en chanter), cela ne m’empêche pas dans un même mouvement de m’interroger sur les genres, leur construction, leur évolution, leurs formes diverses (car tout de même, du feuilleton populaire à la « spéculative fiction », il y a tout un monde, ou plusieurs), leurs forces… et leurs limites, bien sûr.