Il pleut, enfin, sur le parc devenu presque automnal à force de roussir. Respiration. La brume du rideau aquatique réduit les dimensions du monde à celles de Champignac, le reste est un doute blanc qui nous cerne de ses voiles murmurant.
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#5083
Revenu à Champignac après cette quinzaine caniculaire et parti glaner mon petit-déjeuner dans les ronciers et les pruniers, je trouve le domaine très marqué par la chaleur. Dans les prés, seuls les parterres de menthe proposent encore du vert, les herbages sont en foin blond et les chardons réduits à des squelettes brûlés. La haie de marronniers, trouée et amaigrie, fait rousse mine. La mare asséchée grimace de caillasse. Sous un bosquet d’autres chardons, encore vaillants, le sol se recouvre d’un épais tapis blanchâtre, un duvet de graines à l’abri duquel crissent des grillons. Les mûres ne le sont guère, qui commencent à griller. L’allée de la propriété suivante se voile d’une brume de fumée, sous un ciel encore chargé de grisaille. Les pies se disputent des quignons de pain.
#5081
Sans doute est-ce idiot mais je me suis levé triste. Pourtant hier j’avais eu sinon une joie du moins un grand soulagement, et j’ai discuté un peu au téléphone avec mon parrain ce matin, et je vais aller une fois de plus passer le week-end à Champignac, et mon roman est presque à 600 000 signes (sur 700 je suppose), et il va pleuvoir toute la semaine prochaine, et j’ai lu des Jacques Réda que je n’avais pas lus dont un tout nouveau – donc il écrit encore… Mais la lassitude des mauvaises nuits trop chaudes… Et l’odeur du brûlé dans l’air bordelais… Et la mort d’un géant que je croyais presque immortel, monsieur Sempé… Vous ai-je déjà dit combien je n’aime pas le mois d’août ?
#5079
Entre chaleurs, incertitudes et des fragments de mon roman qui me flottaient en tête, comment aurais-je bien retrouvé le sommeil ? Par la fenêtre basculée pénétrait cette substance d’ombre un peu rouge que sécrète la ville endormie, si différente de l’obscurité aphotique de certaines nuits à la campagne. Et pas un zeste d’air, pas même ces froissements infimes, ces tintements fantomatiques qui feraient écouter la rumeur nocturne afin de glisser dans l’endormissement. Bientôt les 600 000 signes me disais-je, encore telle et telle scène à écrire, ruminais-je, et de rallumer le téléphone pour noter une fumée, un or acéré, un phare fondu, un comparse, une statuaire plâtreuse de salle de bingo.
#5078
Si peu de choses. Un minuscule papillon qui passe en frémissant, les tomates qui rougissent, les figues qui mûrissent. Le plus ennuyeux, ne pouvoir sortir le soir pour cause d’excessive chaleur. Je n’aime pas l’été et surtout pas août, le mois des absences et des silences. C’est pourquoi depuis quelques années j’occupe mes étés à des travaux d’écriture, et ça ne m’a pas si mal réussi. Je vois même qu’il se pourrait que j’achève le présent roman, enfin, son premier jet, d’ici peu de semaines. Et l’été prochain alors ?