#5011

Abaissant le store de ma chambre, je fus surpris par la tête d’un géant qui me contemplait par-dessus la muraille de la résidence voisine. Une tête frisée et ronde, immobile dans la cendre du soir, seuls brillaient ses yeux dorés. Il s’agissait du feuillage du troène et des lueurs d’une fenêtre luisant derrière cet arbre, point hélas de quelque bienveillant Totoro bordelais.

#5009

Promenade solitaire d’un samedi matin, par des rues blondes où l’oreille se tend afin de saisir ne serait-ce qu’un pas lointain, un grincement de volet, un ricanement de pie ou un chant de passereau. Deux parcs presque déserts, le jaune acide des jonquilles, les ruines d’un castel et les boulevards qui filent, grondant.

5008

Les ombres sont floues et des chats sombres glissent en silence sous l’ouate crevassée de bleu. Je m’interrogeais sur cette senteur de fumée, pas celle de ma cuisine, puis ouvrant la porte à la petite chatte, je compris : la ville entière, le quartier en tout cas, embaume la fumée nocturne. De l’autre côté de la résidence éclairée comme dans un Magritte, monte encore l’hourvari trouble du boulevard. Ma vieille chatte tourne et miaule, les yeux larges et lumineux, des fenêtres aveugles qui me fendent le cœur. Le dehors gris ne la tente plus, elle y heurterait ses vibrisses et son museau frémissant. Harassé et fébrile, je reste un moment immobile, à humer le soir dans un velours fragile.

#5007

Lente promenade du samedi matin, sous un ciel d’abord noir puis bleu – la pluie sous le soleil, spécialité locale. Admirer les mimosas en fleurs, les étoiles blanches déjà accrochées aux pruneliers, la chaussée vernie par l’azur, les grenouilles d’un étang, un château cerné de chants d’oiseaux, les canards bruyants et les oies familières d’un lac. Rive droite déserte, silence serein des coulées vertes.

#5006

Je suis cerné, ma pauvre petite maison frémit sous les vacarmes de travaux, de chaque bord : le logis de la défunte vieille dame a été repris par des Fanny & Guillaume qui ont tout détruit ; et de l’autre côté, la maison abandonnée ne l’est plus, reprise par des Fanny & Gaël qui ont… Ah oui, il y a comme un motif qui se dessine, là. Et si c’était cela, le véritable « grand remplacement », l’approche implacable de clones de jeunes couples hétéros tous semblables ? La ville a peur !