#4069

« Il connaissait cette ride de réflexion sur le grand front carré de Bodichiev, le pli maussade au coin de sa bouche. »

Oh oui, là ça tourne un petit peu à l’obsession : la nuit dernière, je me suis soudain réveillé avec deux scènes distinctes en tête, que j’ai vite rédigées – enfin, au moins une amorce de quelques paragraphes à chaque fois, sans quoi j’aurai déroulé les deux chapitres et ne me serais jamais rendormi… Sommeil retrouvé, pourtant je me suis encore réveillé quelques heures plus tard, tout heureux d’avoir enfin trouvé le « gros truc » qui va vraiment marquer l’intrigue de mon roman. Et de prendre encore quelques notes sur l’iPhone. Pfiouh, dite-moi, ne me cachez rien, c’est grave docteur ?

#4068

À Bordeaux l’océanique ne se trouve jamais bien loin, fond de l’air, temps changeant, vase de la Garonne, mascaret ; et c’est heureux car il me prend souvent des envies d’Atlantique. Une grande envie d’océan, comme si j’en avais soif, pour paraphraser Calet sur la Seine. Mais il n’est pas aussi simple de se rendre à la plage que d’aller voir le fleuve. La dernière fois, cela devait être en 2018, au Truc vert… et en Écosse. Je pourrais prendre le train pour me rendre sur le Bassin, me direz-vous, et il m’est arrivé de le faire. Mais les dunes, les oyats, les pins, les caillebotis, les vagues, les coquillages – la plage quoi ? Pas si facile d’y accéder, lorsque l’on ne souscrit pas à l’automobile. En plus, je n’aime pas trop me baigner, j’aime simplement m’y promener, m’y asseoir, y respirer, regarder la grande eau. Là, intervient le souvenir curieusement persistant d’un garçon nu aperçu comme il entrait dans les vagues et que j’en sortais, il y a une quarantaine d’années, le buisson sombre de son pubis, ses seins bien dessinés, trapu et rieur, sur une plage alors naturiste. Mais enfin, je vois rarement l’océan, c’est bien dommage.

#4067

« Le monde est soumis (…) aux grandes joies et aux déceptions non moins importantes de la curiosité. » (Pierre Mac Orlan)

Marcher dans la ville au soir tombé est une aventure, d’autant lorsqu’ayant un peu hâtivement conclu que l’on est rétabli, on a déjà beaucoup marché dans la journée. S’asseoir dans un nouveau bar est un soulagement et un plaisir, j’aime retrouver des amis dans des bistrots en soirée. Mais hélas, le vertige à nouveau et devoir rentrer trop tôt, étourdi par les bruits, les lumières, et encore dehors la chaussée vernie, les reflets des éclairages, les phares, les vélos, trop de tumulte pour une tête qui bascule un peu, donnant une légère teinte psychédélique au voyage retour. Le corps électrifié, lire jusqu’à tard dans la nuit, tendu et fourbu, les yeux qui piquent mais la cervelle si éveillée qu’au sortir de la douche il faille se précipiter pour prendre note dans l’urgence de deux scènes qui viennent de s’imposer.

#4066

Un matin gris sur lequel la pluie déverse sa chanson limpide et molle. Peu de pas troublent les pavés luisants, et même les lointains les plus proches paraissent couverts d’une humide poussière.

« Il fit donc comme il en avait l’habitude : flâner, « respirer » l’atmosphère, tenter en quelque sorte d’absorber par ses pores ce que son cerveau n’analysait pas encore. »

#4064

Dans le ciel lumineux du début de journée, la musique joyeuse et dissonante des vols de grues en migration m’appela au dehors. Comment rester enfermé par un jour férié aussi beau, qui claironne et cancane ? J’ai donc été un peu marcher dans la ville, mon unique sport, à admirer l’architecture des façades et passer de petits parcs en jardins. Est-ce ma faute si, ce faisant, mon chemin croisa quelques boîtes à livres et même un bouquiniste ? On est bien peu de chose, chacun sa croix et je rapportai trois bouquins, allez. Documentation, documentation.