Combien de temps une pie vit-elle, me demandais-je tout à l’heure en voyant les deux du quartier, deux oiseaux bien dodus en habit de soirée, se disputer sur l’antenne du voisin. Et que ça criaille, la voix rauque. Jeunettes, elles étaient trois, il ne reste je crois que ce duo de commères. Une quinzaine d’années me répond le savoir en ligne, et il doit se faire six ou sept ans que je m’amuse de leurs évolutions. Ce soir, de grandes masses de coton occupent le ciel, qui menacent de tomber au sol en filets de brouillasse. Les bambous tremblent et susurrent.
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#4043
Des yeux neufs ! Enfin, enfin. Guérison en approche, et le monde est déjà plus clair, les formes nettes, la lumière brillante, c’est fou. Rentré en bus de chez l’opticien, le cœur plus léger. Dans le coude d’une rue un éclat de soleil tape la façade et révèle une verrière, pyramide soudain translucide au sein des toits.
#4042
Ces derniers temps je me rends fréquemment en centre-ville le matin, et j’ouvre grands les yeux en me promenant un peu, ne voulant pas prendre Bordeaux pour argent comptant, pour quotidieneté invisible. Fragments de mon passé (le milieu des années 80), nouveaux ajouts, rénovations, placettes, perspectives, trottoirs, pavés, portes, moulures… le moindre détail recèle des surprises, des curiosités. Surgissements urbains toujours frais, piéton toujours attentif. Huit ans après mon retour d’exil, Bordeaux n’est jamais pour moi de l’inné mais de l’acquis, aux aguets.
#4041
Hier soir. Profiter d’un lot de courrier à poster pour secouer un moment la torpeur d’une journée de toux, de vertiges et de fatigue post salon. Au coin d’une rue manquer de percuter un garçon à la brune beauté juvénile, surgissement de fraîcheur après ce brouillard dolent. Ma canne à la main, qui ne sert pas qu’à servir l’image un peu ridicule d’un vieux dandy mais réellement à rassurer ma démarche tanguée. Au ras du trottoir l’azur d’un plumbago volète comme autant de papillons, suivi des cornets d’une rose trémière brillant dans le soleil fléchissant. Sur un jardin proche se balancent les rouges lampions des fruits d’un grenadier, étrangement exotiques. Rentrer pour poursuivre la lecture des plus de cent pages de la préface de Serge Lehman à sa nouvelle anthologie, qu’en dépit de ma difficulté à lire sur papier j’ai dévoré tout ce jour en une suite de longues gorgées.
#4039
Aux patères dans l’entrée, j’ai deux feutres et un canotier, mais le chapeau ne se porte plus guère. Tout juste en attendant devant la gare vois-je quelques hipsters à bonnet ou à bob et un groupe de beurs en casquette à visière longue ; les femmes sortent toutes « en cheveux », de nos jours, plus de couvre-chef. Je regrette cet appauvrissement de la mode et porte une casquette molle, presque sans visière, une légère l’été et une plus chaude en laine pour l’hiver. En constatant tout cela ce midi, je me suis demandé si dans l’univers de Bodichiev les citoyens portent encore des chapeaux. Bodichiev lui-même a souvent une casquette. Je vais indiquer ça, je crois, en passant.
