Sous les veines blanchâtres d’un ciel bleu pâle, les grues, hangars et équipements du port se dorent au soleil hivernal comme des os. Les mares turquoises se succèdent après des bois de brindilles brunes, puis passe la Dordogne plate et grise. Des camions multicolores filent sur la route, les voitures sont des hannetons. Dans le couloir du train, un voyageur tintant et harnaché comme un scaphandrier passe en ahanant, il tire au bout d’une laisse une grande valise rose. Un chat pleure. Les grumeaux secs d’une lande, les troncs blancs de bouleaux dénudés, les rangs de sapins ébouriffés, des sentiers blonds dans le sable… Les rails filent et le voyageur perd son attention.
Archives de catégorie : journal
#4085
Je me souviens que, lorsque je vivais à Lyon, ville où je me sentais un peu étranger et pour laquelle je n’avais jamais développé d’attachement, je ressentais un certain plaisir chaque fois que je devais en partir. Un petit frisson d’évasion. De Bordeaux en revanche, ma ville d’élection, je n’éprouve au départ jamais qu’une sorte de réticence, un regret de m’éloigner même pour peu de jours, même pour des vacances.
#4084
#4082
Saison froide, l’approche de Noël se durcit comme un cœur glacial et concentré, d’un bleu poussiéreux. Sur Stalingrad, les lilas du Japon portent déjà les grappes vertes de leurs prochaines graines, en lieu et place des guirlandes que la mairie austère n’octroie plus. Les plantes furent-elles dupes d’une relative douceur ? Elles risquent de déchanter, comme la pauvre humanité qui au-delà du bonhomme rouge va se trouver un nouvel an plutôt solitaire, je le crains. Oh oh oh. Dans les bassins du jardin botanique, les lotus sont fanés comme des feuilles de tabac et les canards vous considèrent d’un œil jaune. Les temps sont rudes pour les rêveurs.
#4080
Au bord d’un ciel bleu sombre et poussiéreux, le visage blanc éclatant de la lune émerge comme un profil, de trois quarts. Dans la senteur de fumée du soir, une ample rumeur urbaine brasse et froisse comme une marée, d’où émerge au galop un train, tout vibrant. La clôture de canisse vibre également, dans la lueur orangée de la lampe. Le sol se souille de langues noires, celles des feuilles mortes du micocoulier, que je n’ai pas encore balayées. Mon jardin nocturne et hivernal.
« Bizarre manie que celle qui fait que la plupart des hommes ferment les yeux sur tout ce qui les entourent, et ne les daignent ouvrir qu’à cinq cents lieues de leur pays. » (Alphonse Karr)
