Un concert de trompes ferroviaires vient de sonner ses notes claires dans le vent gris soufflant au dehors, qui secoue les arbres et gronde dans la cheminée. J’attends toujours un dimanche plus chaud et plus serein afin d’aller faire quelques travaux au jardin, qui reste encore dans son état hivernal habituel, entre verdure et maigreur, et juste quelques fleurs. Un imprudent rouge-gorge, tout jeune, le fréquente depuis quelques jours. Pour la première fois depuis un an, je me suis risqué ce matin au rituel dominical de la brocante saint-Michel, le temps incertain y rendant clairsemée l’assistance. Bonne pioche, deux volumes de l’intégrale Simenon que je cherche à compléter, celle en petits hardcovers noirs, ne m’en manque plus que cinq — car je suis retombé chez ce vieux Georges et auprès de ce bon Jules. Après un tour au marché, dans une allée peu fréquentée où personne n’attendait chez le fromager, j’ai prolongé ma promenade d’aspect presque normale (normal-ish) par une remontée jusqu’à la place Nansouty, en faisant juste des détours pour passer au large des petits groupes de mâles maghrébins qui s’agglutinent devant certains bistrots. Le grand vent disperse les miasmes, peut-être s’agit-il d’un des secrets du taux relativement bas de l’épidémie dans la région ? Toujours est-il que ça rugit encore, et qu’il pleuvra demain — la douceur bordelaise ne doit pas faire oublier que nous ne sommes encore qu’en février, une période idéale pour lire et écrire.
Archives de catégorie : journal
#2987
« Il fait un jour de fin d’hiver clair et froid, de ce bleu métallique et luisant de zinc neuf qu’on voit au ciel des dernières gelées quand les jours allongent ; la sécheresse de ce froid est tonique et exhilarante. » (Julien Gracq) De plus un important vol de grues cendrées rasa ce midi le bas de mon coin de ciel, dont les klaxons et les silhouettes en croix me ravirent.
#2986
« Il s’offrît un verre de bière. Il avait promis au docteur Pardon de ne plus exagérer. Mais pouvait-on dire qu’il est exagéré de boire, pour toute une journée, trois verres de bière à la pression ? » Maigret picole tranquillement, moi pas, ma drogue de prédilection étant le thé. Et je n’exagère plus : je suis passé ces dernières années de trois théières par jour, ce qui était sans doute un tantinet trop, à une théière et demi tout au plus. Imperceptiblement, les habitudes changent, je m’humecte moins.
#2984
#2982
La fin de traîne de la tempête me priva ce matin de ma coutumière promenade urbaine du samedi, cette si précieuse respiration avec un camarade, et je sortis donc à peine, le temps juste de me rendre à la librairie voisine acheter le nouveau petit Julien Gracq, avant que vents et pluies ne sévissent de nouveau. Et hélas le couvre-feu me coupe des balades faites à la brune. Lisant ce soir le premier Visa Transit de Nicolas de Crécy, je me remémore mes impressions d’une unique nuit sous la tente, que je fis au septembre du quinzième anniversaire des Moutons électriques, cette attentive et frileuse exposition au monde – l’inverse de ce qui nous est encore permis maintenant, en cette époque d’injonctions carcérales.
