Qu’ai-je lu, cette année ? La question peut surprendre, mais c’est que je lis tant et tant que, tout à l’heure, le fier bilan d’une blogueuse m’a fait rire : quarante bouquins, eh bien, comment dire ? Il doit s’agir de mes lectures en un trimestre, dirai-je. Non que je compte, d’ailleurs, ni que je me souvienne exactement : je dévore ou je picore, les livres succèdent aux livres et, sans qu’ils s’effacent, ma mémoire immédiate ne laisse surnager que quelques titres… Ainsi et en désordre, je me souviens du dernier Modiano, Encre sympathique, toujours aussi empli de nostalgie ; des puissantes nouvelles de Ian R. MacLeod dans Red Snow ; de la relecture de deux Pierre Véry pour la jeunesse ; de celle des quatre utopies, dont il se trouve par un certain bonheur que je vais bien en être l’éditeur un jour ou l’autre ; des mémoires d’Armistead Maupin, touchantes ; d’une soixantaine de Maigret relus l’été dernier ; du dernier Fantômette que je n’avais pas encore lu ; de pas mal de Dylan Dog et d’un monceau de Batman ; de belles SF récentes par Paul McAuley et par Adam Roberts, teintées de polar ; d’un David Mitchell renversant, Slade House ; de quelques Harry Dickson de Jean Ray, parce qu’il faut y revenir régulièrement ; dans ce sujet, des deux albums étranges de David B. ; de Rain de Melissa Harrison, deuxième lecture de ces trois promenades sous la pluie anglaise ; du formidable et tout récent Tif & Tondu par Blutch et son frangin ; des douloureuses nouvelles de Ben Okri dans Prayer for the Living… Pour ne rien dire des lectures « pro », également nombreuses (plus que jamais, en fait, avec le flot de polars fantastiques de Maurice Limat réédités chez Rayon Vert) et souvent excitantes (je sors par exemple du prochain Nikolavitch et j’alterne entre le troisième Texier et un vieux Limat de derrière les fagots) ; ni des séries, lectures de type feuilleton auxquelles l’on revient donc régulièrement (Benedict Jacka, Christopher Fowler, Genevieve Cogman, Theodora Goss, Eric Brown, Ian Rankin…). Et après on s’étonne que je ne prends pas le temps de regarder des images qui bougent, m’enfin quoi.
Archives de catégorie : Lectures
#2847
À écouter la pluie tambouriner sur le vasistas de la chambre, je me dis qu’il est curieux que les comics n’évoquent jamais les bronchites que chope Batman à sortir chaque nuit par tous les temps ; les gros rhumes du jeune Robin ; ou les angines de Batgirl… et n’évoquons même pas cette pauvre Black Canary avec ses bas résilles, brr !
#2846
L’une des meilleures librairies que je connaisse se situe dans une gare. Cela peut sembler étonnant car, en France, les librairies de gare sont devenues ces choses tristes et purement commerciales que sont les Relay ; presse, best-sellers et barres chocolatées. Mais celle-ci se trouve à Londres, dans la gare de St Pancras. Tout d’abord nommée Hatchards (la grande librairie indépendante de Piccadilly, plus ancienne de la capitale britannique), elle devint ensuite un Foyles (la grande librairie indépendante de Charing Cross Road), toujours aussi minuscule, sans rien perdre de son caractère et de sa qualité. Elle se situait à côté des arches de brique de l’entrée niveau métro — maintenant elle s’est agrandie et a migré à l’autre bout de la galerie, mais elle est toujours aussi recommandable. C’est sur une table de cette boutique qu’un jour j’ai remarqué un livre intitulé Weeds — un livre sur les mauvaises herbes ? Ce fut mon premier doigt dans l’engrenage du « nature writing » à l’anglaise, ce genre littéraire singulier entre l’essai, la psychogéographie et la poésie en prose — de la poésie en prise (avec le réel). Lors de mon dernier séjour, il y a quelques semaines, mon dernier achat fut encore dans cette librairie, un essai sur les parkings de supermarchés — et le libraire en caisse de me dire son enthousiasme pour cet ouvrage. Il avait raison, et j’entame un autre du même auteur sur les marais de Londres. Ce sont mes lectures de calme, de retrait, mes déambulations immobiles.
#2844
Chaque fois que je lis un Modiano, et là je lis son dernier en date (Encre sympathique), cela me fait le même effet : je songes à toutes ces personnes que l’on croise dans une existence, tous ces amis d’un moment qui curieusement s’espacent et s’effacent, ces familiers qui s’éloignent, ces amitiés qui auraient pu être et ces visages qui s’estompent. Cette fille qui tenait à sortir avec moi et dont je ne sais plus que le prénom, Agnès. Ce garçon que j’ai tant aimé pour seulement une poignée de mois, car il ne faisait que passer, Werner. Cette copine de l’époque de la fac, peintre en lettres, Françoise. Tant et tant de monde. C’est encore plus mystérieux que les gens que l’on croise dans la rue et que parfois l’on admire, sur lesquels il m’arrive de m’interroger : ceux que l’on connait et que l’on fréquente un peu dans la vie — et puis qui filent sans nous.