#2527

Il y a déjà bien des années de cela, me trouvant de passage à Paris je suis allé voir mon excellent camarade Sam, qui bossait alors chez Buchet-Chastel. Lequel ami me déclara qu’il lui fallait rendre à quelqu’un un rouleau de documents, viens donc avec moi, on discutera en route. Nous partîmes donc, empruntâmes le métro jusqu’au boulevard de Ménilmontant, poussâmes un lourd portail en fer sous une vaste voûte, grimpâmes un escalier au-dessus d’une cour élégante, et… que vis-je sur la boîte à lettre du pallier ? D’une calligraphie familière, le nom « Avril ». Délicieux traquenard : Sam m’avait amené à l’atelier de François Avril, artiste que j’admire entre tous.

Surmontant pour une fois ma timidité face aux illustrateurs, je papotais donc avec Avril, très sympa, un rugueux mais passionné Parisien, au sein de son grand atelier dont chaque centimètre-carré de mobilier se recouvrait d’une multitude de petits dessins du maître sur des bouts de papier volants. Au bout d’un moment, on sonne à la porte, et entre… Lorenzo Mattotti. Là, je fus repris par mon trac, c’est à peine si je parvins à bafouiller un quelconque bonjour en lui serrant la main. Avril et Mattotti, dans la même pièce, les deux artistes entre tous dont le moindre dessin me soulève de bonheur et d’admiration. (Ensuite arriva Moebius, si, je vous jures) (Et ensuite j’eus l’occasion deux fois de publier Avril, trop gentil de me confier de ses œuvres pour le vil prix que je pouvais payer)

Bref, tout ça pour dire que je viens de lire Guirlanda, le nouvel album de Mattotti, chez Casterman, un monumental pavé dialogué par Kramsky, et que j’en suis remué / enthousiasmé. Maître de la couleur, lorsque Mattotti se met au noir et blanc c’est également magistral, comme l’avaient déjà prouvé deux des plus beaux albums que je connaisse, L’Homme à la fenêtre et Stigmates. Et il revient là encore dans le domaine du merveilleux, en hommage aux Moumine, à Moebius et à Fred, et c’est oooh, et aaah, et wooow…

#2518

IMG_3766Je ne me lasse guère de ce fatras dominical sous la flèche de Saint-Michel, a fortiori lorsque le ciel se fait enfin bleu. Trouvé simplement un « Caroline » de Pierre Probst, datant de 1957, quand cet illustrateur cher à mon cœur se trouvait réellement au sommet de son talent. L’Automobile de Caroline : je doute un peu qu’il y ait eu beaucoup de rééditions car le cadre historique s’y fait particulièrement marqué ; toutes ces belles bagnoles fifties, j’adore cette tendre désuétude. Comme une bulle temporelle où Caroline évoluerait dans les mêmes décors que les meilleurs des « Spirou » de Franquin… (Le mobilier de Modeste et Pompon est d’ailleurs en vente sur certains stands du marché)

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#2516

J’avais lu Jean Ray, dans le temps, lors de ma jeunesse dévoreuse de livres. Je me souviens vaguement du Carrousel des maléfices, de Malpertuis, des Contes du whisky… (plus les Harry Dickson bien entendu, mais c’est un autre sujet) Mais je n’avais pas plus approfondi, ayant beaucoup moins d’appétence pour le fantastique que pour le polar, la SF et la fantasy. L’âge venant, pourtant, je me mets à lire un peu de fantastique, domaine que j’ai conscience d’avoir bien trop négligé dans la constitution de ma culture. J’ai donc lu ou relu depuis que je suis à Bordeaux un peu de Perutz, de Seignolle, de Maupassant, de Nerval… Relu les trois Terence M. Green que j’ai (un auteur canadien des années 1990), Si j’étais vous de Julien Green… Et puis sont arrivées les nouvelles éditions de Jean Ray chez Alma, et j’ai plongé. Avec délice. Le style, l’atmosphère… Ah ah, ça c’est de la littérature de l’imaginaire, de la bonne, de la charnue, pleine de « mots compliqués » comme diraient certains crétins qui se prétendent chroniqueurs de nos jours… Lorsque je lis une phrase comme celle-ci, moi je jubile :
« Un carillon versa sa pluie de fer et de cuivre parmi la grosse pluie d’ouest qui, depuis l’aube, flagellait sans merci la ville et sa banlieue. »

#2500

Lecture / relecture d’une série de BD, étape trois : Le Château des étoiles d’Alex Alice (et Alex Nikolavitch pour les amusants textes complémentaires). J’aime beaucoup le grand format « journal », qui me semble conforme à la volonté esthétisante un peu exaltée de cet univers. Une rencontre entre le Ludwig de Visconti (film que j’admire ô combien) et une forme non dystopique de steampunk pour une fois, avec une bonne louche de Miyazaki. C’est léger (ça se lit vite) mais beau, une bien jolie distraction, qui se déploie de manière originale dans un imaginaire pourtant déjà énormément exploré. Vivement la suite.

 

PS : Je tiens ce blog depuis 2001, autant dire une éternité en termes de web. Et aujourd’hui je m’aperçois que c’est le 2500e billet que j’y mets en ligne. Fichtre. Diantre.

#2499

Lu hier soir les Métropolis de Lehman & Cie, la BD qu’il a produite à la place du roman qui fut longtemps annoncé pour être un « Ailleurs et demain » et dont il n’est jamais venu à bout. Belle lecture mais fin beaucoup trop prévisible, à mon goût, et les dessins sont dans l’ensemble plus « utilitaires » que très esthétiques, je trouve qu’il manque dans toutes les BD sur scénario de Serge Lehman cette dimension esthétique, la beauté du dessin. C‘est intellectuellement séduisant… mais froid, détaché, il manque à la fois la beauté et l’émotion, donc ce sont des œuvres toujours intéressantes, qui me fascinent, mais qui pour moi demeurent toujours un peu « tronquées ».