Éprouvant le besoin de respirer, faire quelques pas sur la terrasse humide, sous un ciel brouillé où la brume et la nuit s’empoignent pour ne plus faire qu’un bloc. Avec ce sentiment d’appartenance intime au moment nocturne s’installe une sorte de flottement, comme une houle de l’obscurité à laquelle répond d’ailleurs un grondement ferroviaire.
Archives de catégorie : nature
#2851
Ces dernières matinées, si j’ouvre la porte sur la rue et fais quelques pas dans mon fond d’impasse, afin de rapporter par exemple ma poubelle et celle de ma vieille voisine, mademoiselle Rose, sur le gris du trottoir se dessine une dentelle noire qui zigzague tout au long des façades : le dessin laqué de la fonte des brefs stalactites de givre formés à la faveur de ces quelques nuits flirtant avec le zéro. Le jardin ne s’en ressent guère et, sous le ciel si peu lumineux, en capuche grise, la masse indisciplinée des capucines, près de la fenêtre, comme celle du grand fuchsia, au-dessus de l’herbe hirsute, forment toujours leurs îlots de verdure têtue. Les feuilles d’acanthe se vernissent d’humidité tandis que, dans la rue, la buée sur les carrosseries confèrent aux voitures noires un effet mat, comme un surcroît de réel. Dans la froidure humide flotte une odeur de fumée.
#2845
De façon régulière, des mots viennent me hanter un moment avant de replonger dans les profondeurs inexplicables de mon cerveau. À l’instant, comme j’admirais paresseusement le paysage de la campagne automnale – tons de terre, d’ardoise, de roux, de citron, de cuivre ou de vert tendre – à travers lequel file le train vers Paris, sous des nuages tour à tour blancs et pommelés ou d’un gris étirement, alors que je me disais combien il me semble plus plaisant que celui du même voyage depuis Lyon et que le jeu de la lumière chaude et rasante découpait de longues ondulations sombres sous un alignement d’arbres en dentelle, tout soudain : Octolasion tyrtaeum ! Le nom latin d’une espèce de vers de terre. Why oh why ?
#2842
Il fait nuit et sur le couvercle urbain gris-bleuté et trouble je ne distingue pas les oiseaux, mais passe à l’instant un vol nocturne de grues, des cancanements flottent dans l’air, toujours touchants et un peu mystérieux.

