Brève excursion matinale afin d’être fidèle à un engagement : aller voir la petite place dédiée à l’écrivain Michel Suffran. Avant une semaine de pluie annoncée. Au Jardin public, les canards somnolent au bord de l’eau et les grands arbres marmonnent au bord du ciel. Les travaux estivaux forcent l’autobus du retour à se tortiller de rue en rue, hors de son circuit ordinaire.
#3090
Monsieur le maire, pourquoi il y a-t-il si peu de bancs dans notre belle ville ? Longue promenade : faute de pouvoir travailler, la marche calme mon organisme et réjouit ma tête, le plaisir un rien surpris d’être un citoyen bordelais ne s’estompant guère après huit années de retour d’exil. Ruelles et détails quotidiens, fleurs de trottoir, jeune femme assise sur sa fenêtre en rez-de-chaussée lisant un gros bouquin, deux gamins juchés sur le toit d’une sanisette sous les arbres, une grosse dame aux tresses blondes tirant ses volets blancs, des toboggans abandonnés, la marche chaloupée des pigeons, les piafs dans les noyers, un reggae dans une courette près d’un établi… sous un ciel poudreux.
#3089
À petits pas. Les rendez-vous médicaux. Les corrections d’épreuves du prochain recueil. Les tomates qui mûrissent. Les lectures satisfaisantes (un Maigret sans Maigret, Monsieur La Souris). L’héritage inattendu de ma vieille voisine (quatre bouteilles de vin de petit exploitant). Les papillons qui passent.
#3088
Deux ou trois fois par jour, je vois cette petite bête, robuste bourdon velu, bombus, venir butiner certaines fleurs de mon patio. C’est l’une des présences familières d’un environnement réduit, tandis que je passe dolent, branlant, d’un roman à un carnet. D’autres insectes bourdonnent dans la chaleur, en particulier de petites abeilles, et un papillon citron (Gonepteryx rhamni) volette.
#3087
Cruauté de l’auteur de roman policier : choisir les victimes. Et alors que j’achève une novella où l’agaçant inspecteur Jones Jones vient de trouver la mort, en tâche de fond je cogite à une autre série de nouvelles et vient de décider d’y sacrifier un inspecteur Goudounov devenu âgé. Car j’envisage d’écrire un petit recueil sur les successeurs de Bodichiev, Chuck et Mowgli, imaginés récemment – afin de travailler la chronologie j’ai d’ailleurs déjà mis en scène le jeune Mowgli, alors ado d’une douzaine d’années, dans une enquête du prochain volume, que mon nouvel éditeur est en train de mettre en page.