#3038

Quelques jours sans prêter grande attention au jardin et, les averses aidant, tout a changé. Le figuier a gonflé, creusant une grotte d’émeraude, comme le micocoulier abrite une sombre caverne au-dessus de laquelle l’abutilon tresse un toit. La verveine s’effondre en écharpes odorantes. Le géranium de Madère lève son grand cou, l’acanthe a propulsé le gourdin d’une fleur unique au centre de ses feuilles molles et larges, la menthe déborde son bac en une foule verte.

#3037

La bruine actuelle serait-elle l’état diurne des brumes du fleuve, pour paraphraser Gracq ? Mais non, Bordeaux est ville de pluie, cité des éclaircies, métropole sous les nuages, et l’on prit donc une limonade en terrasse dans un coin de rue, sous les gouttes intermittentes qui frappaient le métal de la table. Au moins n’y avait-il pas foule, et je rentrai par les habituelles ruelles désertes, dont la plus étroite laisserait à peine passer l’animal qu’on lui a dédié. Sous un soleil timide les quais s’emplissaient « de fils d’or et de reflets noirs » (et cette fois c’est du Proust).

#3036

Descendu cette nuit au salon, je connus un moment Cliff Sterrett : la lune projetait au sol un superbe décalque des petits carreaux de la baie vitrée, les angles des canapés y découpaient des formes géométriques… et la chatte Jabule y arrondissait le dos ! Aussitôt j’ai pensé Polly and Her Pals !!

#3035

Passé un moment au jardin, pour m’étirer et respirer un peu l’air du soir : c’est du rose que j’ai eu la sensation d’inspirer, la teinte qui saturait en cet instant tout l’espace et toute la lumière. Juste quelques secondes de rose en suspension avant que le jour ne tourne à la grisaille et que ne monte l’obscurité.

#3034

Courant 2013, je conçus l’idée de deux anthologies consacrées aux détectives du passé — initiative aussitôt considérée comme saugrenue par notre diffuseur d’alors, visiblement effrayé de devoir vendre des livres. Le projet fut donc réduit de moitié et je fis appel à ma vieille amie Christine Luce pour m’aider à réunir un tel sommaire, ainsi qu’à quelques vaillants traducteurs / trices. L’ouvrage vit le jour en 2014 et depuis, bon an mal an, cette anthologie s’imposa comme un joli « long seller », que nous allons donc rééditer en juin qui vient, dans un sommaire et un format condensés (nous n’avons conservé que les nouvelles anciennes). Et j’en suis bien content, ça fait un beau et ventru petit volume noir, à ranger au côté de mon London Noir du même esprit (qui fut l’une des meilleures ventes ovines de 2019).