Un financement participatif que je ne peux qu’admirer ouvre la semaine prochaine… 
#2648
Un ami et collaborateur m’écrit à l’instant, dans un fil de réflexion, que « l’air du temps ne semble plus guère à une littérature trop intellectuellement exigeante », et à discuter avec un jeune collègue hier soir nous constations le niveau médiocre des dialogues dans trop de romans d’imaginaire étiquettés « young adult ». Des réflexions qui n’améliorent pas mon humeur matutinale — influence de la pluie et de ce ciel de nouveau à la grisaille, allez savoir. Et les doutes d’une de mes autrices alimentent ce que je qualifierai d’angoisses existentielles — des vibrations négatives que je ressens depuis maintenant un sacré bout de temps en fait, depuis au moins la fin de l’année antépénultième, c’est dire. Mon confrère de chez l’Arbre vengeur me disait une fois avoir lu dans les mémoires de Robert Laffont évoqué ce « bruit de fond » de l’anxiété de l’éditeur ; j’ai tout de suite su de quoi il parlait. Les doutes, les interrogations, les incertitudes, par moment j’ai l’impression que cela constitue une bonne partie de mon métier. Un sentiment de fragilité, soutenu par quoi ? Quelques chaleurs au cœur, une passion chevillée à l’âme, des collaborateurs précieux, et toujours l’excitation intellectuelle des nouveaux projets, des prochains livres, des manuscrits en cours, des découvertes. Ni déprimé ni pessimiste, pas triste mais souvent tendu : recherchant le soleil.
#2647
Depuis la fin de l’année dernière, je lis ou relis beaucoup de bédés, plutôt du gros nez « vintage », à savoir du Greg (après l’intégrale Achille Talon, ses Zig et Puce ainsi que les Babiole et Zou et Les As que j’ai), du Franquin of course, les histoires longues du Cubitus de Dupa (tu avais raison JPJ, à chaque fois le scénar se barre un peu en vrille), les Félix de Tillieux, les Olivier Rameau de Dany & Greg, et puis en ce moment les Petits hommes de Seron, qui vieillissent diablement bien je trouve.
#2646
Et voici le printemps. Brutal, le changement, mais le résultat est plaisant. Un moment Tillieux, tout à l’heure en redescendant la rue de Bègles : devant un garage qui possède une rampe d’accès vers le toit, comme dans une fameuse course-poursuite de « Gil Jourdan », soudain une porte s’ouvre et… sort en trombes une belle Simca 1000 gris-bleu pâle.
#2645
À propos de monsieur Poirot, juste un détail, un souvenir que je peux vous confier : nous avions presque terminé de rédiger cette nouvelle version de sa biographie, Mauméjean et moi, lorsque je réalisai que nous avions omis quelque chose de pourtant assez important : l’on savait que Poirot, en bon Belge de son époque, était croyant, forcément catholique. Comment imaginer qu’il n’allait pas à la messe, alors ? Non qu’Agatha Christie ait jamais évoqué cela, mais soudain il me sembla qu’il s’agissait d’une évidence, d’un trait de caractère intime qui ne pouvait être inséré dans un roman policier mais devait faire partie de l’existence quotidienne de notre cher détective.
Comme nous l’écrirons alors : « Nulle part dans les textes il n’est fait la moindre allusion au fait que Poirot se rende dans une église. Mais, à cette époque, il s’agissait encore d’une démarche assez commune, fort peu sujette à commentaires spécifiques. La foi de Poirot relevant du domaine intime et n’ayant pas de lien avec ses enquêtes, ses biographes n’ont pas jugé utile de nous donner des indices sur sa fréquentation ou non d’un lieu de culte. »
Mais enfin, l’évidence me frappe, Hercule Poirot ne se rend-il pas parfois à la messe ? Je cherche sur des cartes : les églises catholiques ne sont vraiment pas nombreuses à Londres. Ah, en voici une pas très loin de Covent Garden… Oh mais non, encore mieux, attendez… Il y en a une au bout de Charterhouse Street, la rue qui conduit à l’immeuble d’Hercule Poirot sur Charterhouse Square ! La réalité nous fait de ces cadeaux : l’église de St Etheldreda, l’une des plus vieilles d’Angleterre, sur Ely Place. Une église catholique, la seule de tout ce secteur. Voilà : impossible d’imaginer qu’il ne s’agisse pas de l’église où monsieur Poirot alla de temps en temps à la messe.
Ainsi se conduit la biographie d’une grande figure mythique des littératures populaires : sous la forme d’une enquête.
