#2496

J’abandonne, je ne parviens pas à lire Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson. Je croyais y trouver un plaisant récit de cheminement dans la campagne, au lieu de quoi ce ne sont que récriminations d’un réac fermé sur lui-même, et qui écrit assez pauvrement, j’ai envie de biffer son texte comme je le ferais d’un manuscrit — il n’y a plus d’éditeur chez Gallimard ? Tout cela est ordinaire, à l’image de la seule culture qu’il étale, ces références calcifiées, momifiées, de la littérature officielle. Là où des promeneurs anglais comme McFarlane ou Mabey nous parlent d’aujourd’hui et d’une culture ouverte, et bien sûr de notre rapport à la nature, Tesson ne fait que grinchouiller entre deux plates exaltations. Quel paradoxe : se promenant dans l’espace naturel, il se recroqueville au monde. Tesson ce n’est pas du « nature writing », c’est Jean-Pierre Pernaut. Triste France, triste NRF.

#2495

Terminant un gros article sur l’illustrateur Edmund Dulac, je déniche une anecdote amusante : en mars 1917, il est mandaté par le Ghost Club, un groupe qui étudie les phénomènes parapsychologiques. En compagnie de ses amis William B. Yeats et Edward Dennison Ross (ce dernier était le directeur de l’école d’études orientales), il est chargé de rendre compte sur une machine supposée relayée des messages de l’autre monde, inventée par un médium nommé David Calder Wilson. La machine de Wilson est censée concentrer la « force odylique », la substance fluidique porteuse de messages entre l’au-delà et notre monde : lorsqu’elle est mise en marche, une incompréhensible logorrhée en sort. Yeats sortira de la séance convaincu que Wilson est bien un vrai médium, Ross estimera que le tout est une supercherie, et Dulac notera que monsieur Wilson n’a nullement prouvé que sa machine en est bien une, c’est-à-dire un instrument effectivement capable de produire ces sons en dehors de la présence de son manipulateur ; que les sons produits diffèrent des autres séances de médiums ; ou bien alors, il ne s’agit pas d’une machine scientifique, auquel cas il faudrait soumettre Wilson a une série de tests pour le voir produire ces phénomènes remarquables quoique non scientifiques.

#2494

Sur une plage, une légère dépression dans le sable humide attirait mon regard, je me penchais dessus, pour voir en émerger une minuscule tête de cheval parfaitement formée, noire, puis le corps de ce petit animal, qui se hissait hors du sable en appuyant sur ses pattes avant : la fin de son corps s’enroulait noir et luisant comme une anguille. J’avais l’imprudence d’avancer un doigt et la bestiole de me mordre jusqu’au sang. En secouant la main pour le décrocher, j’ai envoyé l’animal valdinguer dans les vagues.

Ce sont des saloperies, les bébés kelpies ; foutus chevaux carnivores !

#2492

Vers les 5h ce matin je m’éveillai vaguement et, constatant qu’aux tambourins de la pluie avait succédé un grand silence nocturne, je me dis que le tumulte annoncé ne semblait plus d’actualité… innocent que j’étais, justement ce silence figurait le légendaire calme avant la tempête et bientôt souffles et gifles d’emplir l’espace d’un raffut formidable. Dans mon demi sommeil je songeais à un navire dans la tourmente et d’ailleurs, le mat, pardon, la poutre centrale du toit, crissait un peu. Au vrai matin je n’ai constaté aucun dégât au jardin ni dans les alentours, mais tout le jour resta grisâtre, maussade, verni d’humidité, du genre qui ne vous remonte pas le moral. Un samedi morne échoué sur le rivage, mol et mouillé.