#2282

Autopsie d’un objet anodin / 2

Un morceau de corne. De vache, la corne, visiblement. Épaisse, noire et blanche, un peu jaunie. L’extrémité la plus étroite se perce d’un large trou aux bords usés, dans la corne boire. La base se ferme d’un large bouchon de liège, tavelé mais toujours bien solide. Qu’est-ce donc ? J’ai ce curieux petit objet dans ma cuisine, mais je ne m’en sers pas, il s’agit d’un simple élément de décoration… dont le sens ne semble guère évident. Mais moi, je sais ce que c’est : ma mère me l’a offert il y a quelques années, il s’agissait de la salière de son arrière-grand-père. Jean-Baptiste Perrochon était cantonnier (son carnet militaire indiquait « journalier ») et, sur les routes, pour son casse-croûte il avait avec lui ce morceau de corne évidé, plein de sel, afin de saler ses aliments. Je ne sais ce qui bouchait la petite extrémité. Jean-Baptiste était né le 18 mai 1863 à Rouvres-les-Bois, dans le Berry. Il fit ses classes militaires en 1883, et l’on peut donc supposer que ce bout de corne /  salière date d’un peu après, à la toute fin du XIXe siècle. Objet humble.

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#2281

Autopsie d’un objet anodin / 1

L’autre jour, mon assistant était surpris et hilare de voir à côté de moi, sur le bureau, un objet qu’il feignit de prendre pour du papier à rouler dimension « pétard ». Mais non point, nullement pour moi l’herbe qui rend niais, ce petit paquet jaune effectivement fabriqué par la firme Job est un étui de papier à lunettes, il contient de fines feuilles huilées qui servent à nettoyer ses verres. Pourquoi ai-je un tel étui ? Non pas parce que j’ai des lunettes, jamais je ne vais me servir de cet étui : il est bien trop précieux. Eh oui : un véritable objet « vintage », figurez-vous, il date des années 1960 ou 70. Et ce qui le rend si précieux à mes yeux (sans jeux de mots) c’est qu’il porte l’adresse de mon grand-père, opticien. Des étuis comme cela, j’en ai vu durant toute mon enfance et mon adolescence, il en traînait partout chez mon grand-père. Un de ces détails du quotidien auquel on ne prête aucune attention. Et pourtant… La dernière fois que j’étais chez mes parents, ma mère m’en a sorti deux, en m’expliquant qu’elle les avait retrouvé en rangeant le grenier. En voulais-je un ? Oh que oui ! Incroyable: flambant neuf. Songez, combien de ces étuis existe encore au monde, puisque c’était un objet jetable par excellence ? Et pour moi, quelle madeleine proustienne : j’avais gommé de ma conscience cet objet du quotidien, mais dès que j’ai vu ceux de ma mère, hop ! Du fond de ma mémoire a surgit cette petite forme jaune et allongée, si anodine, maintenant si précieuse. Objet culte.

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#2280

Pfouh, je n’ai guère envie de bosser, en ce moment, je tourne un peu au ralenti… Je me sens maussade, comme le ciel ce matin. Entre la lourdeur de l’air et puis, quoi, c’est l’été, quand est-ce que je vais prendre des vacances ? Réponse : rien de prévu à l’horizon. Pfouh. Comme d’hab des envies de Londres — beaucoup — et de San Francisco — un tantinet — me tiraillent un peu. Bon, je retourne bouquiner…

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#2279

Depuis seize mois que je suis devenu bordelais, je suis également devenu accro — à la brocante Saint-Michel du dimanche matin. Rien d’étonnant à cela, ç’aura même été tout à fait délibéré. Pour avoir vendu autrefois, une unique fois, sur la brocante, et pour avoir toujours tenu celle-ci comme l’un des regrets d’être exilé dans une cité lyonnaise où les vide-greniers sont si peu en vogue, je savais bien qu’en arrivant à Bordeaux ce parvis serait pour moi d’une attraction irrésistible. Enfin, ce ne fut pas tout de suite le parvis mais je préfère les voir étalées en désordre sous la flèche de Saint-Michel, ces brocantes, qu’alignées sur les quais comme cela fut durant le temps des travaux. Alors, bien sûr, ça représente un budget — une poignée d’euros chaque semaine, un billet bien souvent. Qu’importe : j’estime qu’à mon âge (bientôt 52 ans) il me faut me faire plaisir, tâcher de trouver un peu de fun, m’offrir un peu de confort, avant la fin du monde, n’est-ce pas ? So there: another haul this morning. Bliss indeed.

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#2278

Dormir par cette chaleur, avec dans les 26° dans ma chambre sous le toit le soir quand je monte me coucher, c’est bien sûr peu idéal, en particulier parce que cette chaleur nocturne me provoque des cauchemars. Avant-hier j’en avais fait un si long et si construit que même sous la douche, au matin, j’eus du mal a m’en débarrasser. Le problème, c’est que j’ai bien une « chambre d’été », à savoir la petite chambre d’appoint qui est au niveau de la cave — la température actuellement y reste stable à 23°. Mais je suis claustro et n’aime pas trop dormir là, en dépit du fait qu’il y ait quand même une fenêtre au ras du trottoir. Hier soir je me suis donc amusé à tenter une autre option, à laquelle je pensais depuis un petit moment. L’option Roger Deakin, l’ai-je appelée.

Regarder le tumulte des nuages allongé dans son lit puis, un peu plus tard, remettre ses lunettes pour admirer les quelques étoiles qui percent la pollution lumineuse urbaine, de plus en plus profuses et lumineuses. Contempler les branches que secoue le vent nocturne et écouter leur rumeur. Goûter la caresse de l’air…

Bref, j’ai dormi à la belle étoile. Et ce fut extrêmement agréable. Ayant placé le matelas d’appoint sur la partie terrasse, contre la porte du salon, ainsi ai-je profité pleinement d’une nuit fraîche et douce. Sans plus de moustiques qu’à l’intérieur, ma foi. Une nouvelle dimension de cette maison. Je vais recommencer!

(Roger Deakin était un formidable auteur de « nature writing » anglais, qui avait l’habitude de dormir à la belle étoile)