#2312

Ce fut un week-end assez « brassant », un roller-coaster émotionnel ayant débuté par la soirée de lancement du Panorama dans une librairie bordelaise (présentation et signature, en compagnie de mes camarades de jeu Nicolas Labarre et Patrick Marcel — photo ci-dessous par Nathalie Mège) et… eh bien, disons qu’il s’est finalement achevé dans la beauté des hauteurs nocturnes, par un concert de Snarky Puppy, groupe de jazz-rock fusion réjouissant d’énergie et de fun.

Je sors peu le soir et demeure donc émerveillé, non blasé, par les feux du Bordeaux nocturne. La flamme gothique de Saint-Michel, les quais qui pulsent d’une lumière dorée, les mascarons grimaçant sous les lanternes, les tramways glissant comme de sombres obus, au-dessus des toits la courbe blanche de la grande roue et les étincelles multicolores de la foire aux Quinconques. Me suis dit qu’il faudrait que je trouve l’occasion, un jour, de monter sur la grande roue. Je l’avais fait il y a trente ans, était-ce avec Charlotte ou bien avec Emmanuelle ? Je le referai bien, plutôt avec un garçon, soupira-t-il avec un romantisme un peu narquois, mais dans l’immédiat je me contente d’admirer de loin ces échardes lumineuses de la fête foraine.

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#2311

Ce matin, au marché, j’ai entendu une dadame proférer un « La vie n’est pas un long fleuve tranquille » et lorsqu’effectivement elle ne l’est pas, tranquille, j’essaye de trouver quelques lectures apaisantes, agréables et/ou amusantes. M’étant senti intranquille un soir, j’avais donc monté dans ma chambre un Elizabeth Goudge qu’il ne me semblait pas avoir lu, The Scent of Water. Roman, tardif puisque de 1963, ce qui lui confère une certaine patine de modernité, la protagoniste comparant la quotidienneté affairée de Londres au calme rural du recoin où elle choisit de prendre sa retraite. Voilà qui me parle.

J’aime de longue date Elizabeth Goudge : c’est Michel Jeury qui m’en avait conseillé la lecture, dans les années 1980, quand j’étais étudiant à Bordeaux. Depuis je n’ai plus cessé de revenir, de temps à autre, à cette formidable grâce apaisante, lumineuse et tendre. Je lui ai même consacré un chapitre dans le Panorama, tant elle imbue le réel d’une certaine magie (pas seulement chrétienne fort heureusement). Plaisir supplémentaire de ce volume-ci, un « hardcover » américain d’époque, à l’épais papier crémeux, portant la signature de l’auteur en fer à chaud sur le premier plat, plaisir donc que de redécouvrir une carte postale d’Ellen Kushner et Delia Sherman, qui m’avaient offert quelques Goudge en apprenant que j’en suis amateur. « We hope this sweet & soothing book brings you comfort & healing »… C’est parfaitement résumé, merci mes amies.

#2310

Un plaisir du dimanche bordelais : revenir du marché avec une douzaine de bulots et les déguster au déjeuner. Lorsque j’avais quitté Lyon, moqueur mon camarade Ivan prétendit se répandre en commisérations, pour celui qui quittait la capitale de la gastronomie, pensez donc, pauvre de moi ! Eh bien tu parles. Au lieu du gros saucisson à la moutarde et des quenelles pâteuses, aujourd’hui j’ai changé d’alimentation et j’apprécie avec plaisir les aoxas, la piperade ou les chipirons, le poivron-piment long d’Arcachon, du poisson (alose! lamproie!), du canard, sans parler du fait qu’ici l’on trouve sans problème du Saint-Maure de Touraine (fromage de chèvre) et qu’il y a sur le marché de Bègles une vendeuse de steak haché de cheval et de saucisson fumé de cheval (j’adore ça, n’en déplaise à un certain politiquement correct alimentaire — pour moi ça a un goût d’enfance). Quant à la « cervelle de Canuts », ah ah, ici cela se nomme du greuil, ça vient du Béarn et il y en a également de temps en temps chez un fromager du marché de Bègles.

#2309

Il s’agit d’une très vieille question philosophique : en dehors de moi, le monde existe-t-il ? Si je ne suis pas parvenu à aller à Montélimar ce week-end comme je prévoyais de le faire, est-ce un simple concours de grèves et de circonstances, ou bien plus sérieusement la mise en place de tout le décor de Montélimar s’avéra-t-il trop lourd, trop compliqué, et en conséquence la réalité préféra-t-elle dans un mouvement de flemme (une grève, mais du réel) me cantonner à mon environnement habituel ? Parfois lorsque je descend chercher mon pain du matin, je m’interroge : les gens se ressemblent-ils tous, ou bien n’y a-t-il en réalité qu’un nombre fini et assez limité de figurants ? Tout à l’heure par exemple, j’ai croisé un J., une L., une F. et même, modèle beaucoup plus rare, un Eddy Mitchel. C’est tout de même étonnant, cette adhésion de tant de gens à des « types ». Je subodore un vaste complot.