À me rendre quelques heures chaque jour au local de la librairie, en ce moment, pour mettre un peu la main aux travaux, une nouvelle routine se dessine, des trajets et des façades deviennent familiers, le bus, les flux étudiants. Le sédentaire apprécie ce petit changement, encore accentué aujourd’hui par le retour de la pluie. On avait presque oublié ce que c’était, la senteur des rues mouillées, les trottoirs vernis d’eau, les hachures tombant du ciel gris.
#5113
« Mais t’étais parti chercher d’la drogue ?
— Ouais mais elle croyait que j’allais aussi ramener du pain, j’me suis fait engueuuuler. »
Vernissant et lasurant la librairie toutes portes ouvertes afin d’aérer, j’apprécie les bribes et sons qui me parviennent. Et puis sortant un instant pour aller chercher un repas, j’admire assis contre un camion de déménagement un beau garçon torse nu, à la poitrine large hélas couverte de graffitis comme une vieille façade.
Au jardin, j’ai laissé pousser un pissenlit.
#5112
Rentré relativement tôt sous un ciel sale au fond duquel se nichait la lumière. Épuisé, ma fracture au talon palpitant de manière sourde. Au jardin, les cloches toutes proches battent longuement dans l’air doux leurs voix de bronze. J’ai cueilli et mangé une arbouse, goût d’enfance. Lire des livres, vendre des livres, écrire des livres : il sera dit que je ne sais rien faire d’autre.
#5111
Actuellement je relis le manuscrit d’un livre, un essai, à la fois fascinant et difficile, dense et souvent lumineux, que les Moutons électriques doivent sortir dans un an — un texte d’un bel esprit que j’attendais depuis fort longtemps, qu’il fait vraiment du bien de lire. Et qui m’interroge aussi sur ma propre écriture, sur ces petites fictions d’uchronie que je m’entête à produire pour si peu de lecteurs pourtant. Pourquoi ? Parce que le veux et le peux. On me dit souvent « Mais repose-toi », par exemple en ce moment qu’une tendinite me fait boiter. Mais quoi, ce qui est fait ne sera plus à faire, et la peine de la disparition d’un grand monsieur comme François Corteggiani, si terriblement inattendue, me conforte dans cette volonté de boucler mon cycle dès maintenant, sans plus tarder, tant l’on peut disparaître aisément. De m’activer parce qu’après tout c’est simplement possible : une réunion de chantier demain matin suivie par trois jours de festival Hypermondes, et voir du monde, et dîner avec des amis, et construire de belles choses.
#5110
Samedi et dimanche, ce sera la deuxième édition des Hypermondes. J’y serai bien entendu, comme éditeur, comme auteur, comme organisateur… et ce sera deux fois plus grand : deux salles de conf, deux chapiteaux d’éditeurs et de libraires ! Viendez, les gens.
(24 & 25 septembre, Mérignac, place de l’église)