#157

In beauty I walk…

Jeudi 31 janvier 2002

Arrivée à bon port: dix minutes de retard de l’Eurostar comme il se doit (?), mais quoi qu’il en soit, London again. Soupir de plaisir.

Belle chambre, au deuxième étage du bâtiment principal de l’hôtel: claire, relativement grande, un lit double, chic alors un peu de confort! — et du mobilier qui s’abstient d’être complètement hideux, je suis gâté, cette fois. Il y a même de jolis doubles-rideaux bleus, en sus de l’habituelle chaise verte translucide, qui est en général la seule belle chose à illuminer les pauvres chambres de l’Alhambra. Des rires d’enfants égaient le quartier, passant par-dessus les toits depuis la cour de récré, dans la rue parallèle à Argylle Street.

Journée de « mise en jambe », aujourd’hui. Je n’ai rien prévu de particulier, que me promener dans des lieux connus, toujours plaisants à retrouver. Le ciel est un marbre gris-blanc, ni chaud ni froid vraiment: Londres quoi.

Il y a de grands travaux au pied de St Pancras: on voit les jupons de pierre & d’argile sous les robes en brique de la vieille dame. En remontant l’avenue vers la British Library, j’aperçois un grand panneau proclamant que ces travaux sont l’oeuvre d’une entreprise nommée Costain/Taylor/Woodrow. Dans une de mes nouvelles [acceptée par Faeries il y a longtemps mais toujours pas parue], j’avais brièvement mis en scène le sieur Richard Costain, un fameux entrepreneur de construction, du début du XXe siècle. Amusant: un siècle plus tard, son entreprise prospère donc toujours. En fait, il se pourrait tout aussi bien que ce soit Costain qui ait construit la gare de St Pancras…

Quel meilleur moyen de débuter mon séjour qu’une petite visite de la British Library, royaume du livre s’il en fut. J’aime son architecture à la fois simple & pure, moderne & sans ostentation, presque intemporelle dans ses longues lignes & ses rouges chaleureux. Rien à voir avec l’arrogance hautaine de la BNF de Paris.

Une belle exposition de reliures en cuir, faites par des amateurs. L’art de la reliure est un « hobby » aimé des Anglais. Sont à voir ici les gagnants d’un concours national — des livres transformés en véritables oeuvres d’art. Un peu plus loin, sous les vastes murs/vitrines où les ouvrages sont entreposés en silos à la fois fonctionnels & décoratifs, une expo de lettres de JRR Tolkien, des manuscrits, des premières éditions, des illustrations originales. Émotion…

Dans une très vaste salle à l’éclairage feutré (trop feutré, j’ai de la peine à lire certaines notices) sont exposés des documents plus émouvants/significatifs encore: ainsi, un manuscrit de La Morte d’Arthur recopié du vivant de Malory, et puis Alice’s Adventures Under Ground — le véritable original, le petit cahier brun qui fut offert par Lewis Carroll à la véritable Alice. Et le manuscrit original de Rikki Tikki Tavi de Kipling, dans un grand cahier. Toute une vitrine sur Kipling: l’original de son illustration pour The Cat Who Walks by Himself, le manuscrit & la première édition des Just So Stories

Des petits écoliers anglais pépient entre les vitrines basses, ridicules dans leurs uniformes souvent débraillés, blazer gris, chemise bleue claire & une horrible cravate verte & bleu.

Je descend quelques marches pour rejoindre une expo sur les cartes — représentations du monde ou de la cité à diverses époques, fausses, falsifiées, secrètes, etc. Beaucoup d’humour (pince sans rire) pour la présentation de superbes documents. Un p’tit tour dans la boutique du musée — repérage de quelques bouquins bien alléchants, mais je peux bien être raisonnable au moins le premier jour (!), j’aurai toujours l’occasion de repasser par là.

Après la British Library, je descends me balader du côté de Gower Street, Charlotte Street, Oxford Street, tout ça… Pas grand-chose à raconter donc, juste des librairies & des rues que j’aime. Retrouvailles.

Remarquable: Contemporary Applied Arts, sur Percy Street. Le principe d’une galerie d’art, mais pour des objets utilitaires — more or less. Vases, bijoux, tapis… Des prix assez exorbitants, puisqu’il s’agit d’objets rares, mais un étonnant/séduisant décalage dans le regard que l’on peut porter sur des objets qui sont en vente mais que l’on contemple comme des oeuvres d’art dans un musée.

Je termine mon petit tour de reconnaissance par Piccadilly Circus, hello Cupidon. L’immense librairie Waterstone est ouverte jusqu’à 23h. Je n’ai pas tenu jusque là, bien sûr: fatigue du voyage, ajustements à faire avec le dépaysement/la langue anglaise… Mon premier jour à Londres est toujours un peu « flou », tête lourde, excitation & lassitude mêlées. Les émotions se bousculent, à chaque séjour londonien je me sens vivre un peu plus librement, un peu plus vivement. Légère inquiétude cependant: un petit mal de gorge depuis ce matin. Pas le moment de tomber malade! Par conséquent, je me suis rendu chez un droguiste — amusant, une partie des médicaments sont en vente libre, au même titre que le dentifrice ou le shampoing. Logique, somme toute. Vers 20h dîner dans une pizzeria, tout simplement, un peu de télé puis dodo. Débuts en douceur…

(à suivre)

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