#397

Collection Winthrop – notes immédiates

Plus de temps & de plaisir devant les dessins d’Aubrey Beardsley que devant toutes ces lourdes toiles & recherches néo-classiques d’Ingres, Géricaud ou Delacroix…

Enfin ce me plaît: Gustave Moreau. Première vraie émotion de l’expo: « Le jeune homme et la mort ». Et puis enfin, en bas de l’escalier une haute salle dans les murs verts forment comme un puits d’émeraude, un cadre qui sied particulièrement bien aux tons préraphaélites, les Burne-Jones & les Dante Gabriel Rossetti — je devrais plutôt dire « les Jane Morris », tant elle domine cette salle. Ah, « Beata Beatrix »! Même l’encadrement s’avère d’une grande beauté, d’une grande pureté de lignes. Faisant face à Jane Morris, les six panneaux des « Jours de la Création » par Burne-Jones profusent, s’enlacent, offrent des beautés angéliques au sein d’une intense grâce illustrative, ailes & drapés.

Encore la beauté d’un jeune homme: le Galaad de Watts. Troublant.

Ah, la respiration: impressionnistes! Même un bouquet de Renoir m’émeut. Une route enneigée de Monet; un bord d’eau de Sisley; deux danseuses de degas; des chevaux de course de Manet: inventaire d’un bonheur diffus, d’une émotion visuelle;

Émiettements sombres: deux petites études de Seurat, au velouté sensuel & surprenant.

Pourtant, l’évidente émotion que provoque en moi les impressionnistes français n’est rien comparée à celle des Américains — Winslow Homer & James Whistler frémissent à la lisière fragile du figuratif & de l’abstrait, ne peignent plus que la lumière & son absence. Six tableaux — et toute l’importance de cette exposition semble concentrée ici, sur deux murs. Je demeure sidéré. Me laisse submerger, bouleverser.

Pour finir, les Sargent semblent presque pâtir de n’avoir pas été placés plus tôt, avant Homer & (surtout) les trois crépusculaires Whistler. Toute la différence entre le beau/joli & la pureté même, la joie ineffable & intense ressentie face à trois Nocturnes…

En sortant, longue conversation avec Raphaël, dans un cadre à l’intéressant décalage. Je connaissais ce bistro depuis des années — quotidien bien glauque, à base de banquettes couinantes & de vieux poivrots. Par un glissement culturel, le voici subitement transformé en salon de thé. Vaisselle ancienne amoureusement choisie, menu rustique & vieux fauteuils confortables. Ce décalage est d’autant plus charmant/étonnant qu’il n’a pas encore trouvé son aboutissement: les murs attendent encore leur nouvelle couleur. Mais déjà tentures & thé odorant adoucissent ces lieux, le douillet a remplacé la rudesse traditionnelle.

J’achève les notes de ce début de journée, entre spleen & langueur, sur un banc du Jardin St-Pierre — havre de paix, soleil léger & vague à l’âme.

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