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Tableaux Tuileries (8)

Il n’y a pas qu’à Londres que les architectes contemporains conçoivent d’admirables nouveaux ponts: la passerelle jetée entre Orsay et les Tuileries vaut bien celle du Tate Modern. Particulièrement séduisante & astucieuse est l’idée des « pans » du pont qui s’abaissent afin de rejoindre le niveau des quais — et de permettre de traverser jusqu’aux jardins sans franchir l’avenue. Nous voici donc une nouvelle fois aux Tuileries, décidément centre de nos excursions. Telle est la grâce de ces parterres que même un arbre abattu, tordant ses branches dénudés au milieu des herbes hautes, semble calculé dans une optique design. La silhouette gracile des chaises en fer vert s’impose comme une note régulière sur la symphonie des feuilles mortes, épais tapis rougeoyant qui jonche le sol. Nos pas font « crounch-crounch » sous le soleil rasant, avant de crisser sur le sable des allées.

Dernière expo prévue: Zao Wou-Ki. Je ne connaissais pas cet artiste chinois, mais un dossier spécial de Connaissance des Arts, saisit par curiosité dans une librairie, avait éveillé ma curiosité quelques semaines avant que nous n’allions à Paris: il semblait naturel de le mettre à notre programme, par conséquent. C’est au Jeu de Paume, un long pavillon de pierre blonde qui s’érige au-dessus de la rue de Rivoli.

Deux mauvaises impressions dés l’entrée: il y a vraiment beaucoup de monde — presque trop? Et puis n’allons-nous pas nous faitiguer très vite de tant d’abstraction? C’est que l’abstrait, n’est-ce pas, réactionnaires que nous sommes, point trop ne nous en faut… Alors oui, c’est beau, superbe même: l’oeuvre exposée nous ravit globalement, seul un tableau jaune étrangement maculé d’une giclée verte nous choquera, tout le reste sera de l’ordre de l’admiration. Mais…

Mais tout de même, je préfère les tableaux de ses débuts: lorsqu’il demeurait encore une trace de figuratif, dans ses silhouettes juste en trait, presque effacées, que l’on devinent encore sous la matière. Lignes grêles & couleurs profondes, le Zao Wou-Ki des débuts me séduit d’emblée, j’y retrouve presque l’humour d’un Paul Klee, avec cette sorte d’épure chinoise en plus.

Mais ensuite: combien d’années à faire la même chose? À la faire à la perfection, bien sûr — mais je me lasse, vite, très vite, de contempler chaque toile au « système » identique. Toujours éblouissante de lumière, de profondeur, de vibration — mais toujours pareille…

Olivier pour sa part « pête un plomb », il cherche à dissiper l’ennui en observant les gens autour de lui & c’est pire que tout: s’amusant à reconnaître telle collègue dans deux étudiantes enchignonnées/coincées, tel copain dans le petit gros pas fini de cuire qui sert de gardien, voilà que le fou-rire l’envahit, communicatif. Oh & puis ce public, quelle horreur! Des vieilles, que des vieilles; pleines de fric, desséchées, maniérées, fourrurées & attifées faut voir comme! Les plus atroces: la naine habillée de feuilles mortes & sa copine la brindille avec un renard mort sur la tête, l’horreur, la pure horreur!

Je tiens à faire l’expo entière — mais le sous-sol est pire que tout: de grandes taches d’encre sur du papier, sans forme, du noir & du blanc, ç’en est trop, quel ennui! Nous sortons vite, secoués d’un rire nerveux. La brume parisienne est bien plus passionnante, bien plus subtile, que ces cinquante années de couleurs vives. Le tort: il y en a trop. À petite dose, c’est somptueux. À forte dose & à la vue du public, l’expo Zao Wou-Ki devient rapidement insupportable & force l’irrévérence. Nous ne sommes pas prêt de cesser d’utiliser l’expression « zao-wouker » comme verbe du n’importe quoi…

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