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Tableaux Tuileries (10)

Place Colette, nous attire une admirable librairie. À la vue de ces hauts rayonnages croulants de bouquins, de ces tables couvertes de piles, j’ai l’impression d’avoir pénétré dans une illustration de Sempé. Pour le seul plaisir des livres, nous y furèterons longuement: dans un tel établissement, le temps s’arrête pour deux bookaholics. Traversant la place, si coquette maintenant qu’elle est devenue piétonne & que la décore une singulière bouche de métro tressée de grosses boules d’argent (« le kiosque des noctambules », 2000, ai-je lu je ne sais plus où), nous pénétrons un instant dans la cour du Palais Royal — juste le temps de montrer à Olivier les médiocres colonnes qui firent tant jaser sous le règne de Mitterrand…

Peu de galeries dans cette partie de la rue (& hélas celle où nous voulions plus spécifiquement nous rendre, pour une expo, s’avère close le samedi — dommage que ça n’ait été précise nulle part). Mais en revanche, la remontée d’une telle artère est prétexte à nombre de crochets esthétiques: l’admirable perspective de l’Opéra, depuis la place Malraux, puis l’empilement de verre hi-tech du nouveau Marché St-Honoré, puis un tour de la Place Vendôme & encore celui de l’église de la Madeleine. Traversant un de ces passages couverts comme je les affectionne, nous rejoignons les abords de l’Élysée & (bien plus élégant) du ministère de l’intérieur.

Après la Place Beauvau, le balade des galeries débute enfin: zigzagants d’un bord à l’autre de la rue, nous découvrons avec autant d’émerveillement que dans un musée là un Maurice Utrillo, ici un Paul Sérusier, une série de Jean Dufy ou un admirable Marie Laurencin. Quartier snob, vraiment? Pourtant ne s’agit-il pas là d’une conception finalement très démocratique de l’art, d’ainsi pouvoir admirer de tels chefs d’oeuvres rien qu’en marchant dans la rue, sans devoir payer un droit d’entrée (car voici bien une honte de Lutèce par rapport à Londres: tous les musées sont payants & pas qu’un peu!), juste en flânant? Oh, une démocratie bien involontaire, soyons-on certain. N’en demeure pas moins une promenade où l’art se déballe sur le trottoir & j’adore ça.

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