#751

>> Nice to see you (2)

Les jours suivants, le colloque se déplace en plein centre de Nice, dans le prestigieux cadre du MAMAC — le musée d’art contemporain. Et avouons-le, je ne suis pas peu fier d’avoir ainsi eu l’occasion de m’exprimer dans le superbe auditorium d’un lie si prestigieux. Mon snobisme en fut fort flatté.

Les communications se suivent, à un rythme soutenu. La plupart sont d’excellent niveau — seules quatre m’ont semblé médiocres. Je remarque tout de même que dans l’ensemble, les universitaires délivrent des propos rédigés de manière terriblement scolaire, très plate, et qu’ils semblent tous éprouver les plus grandes difficultés à demeurer dans la limite de la demi-heure impartie. C’est un peu étrange, lorsque l’on sait que les universitaires devraient être rompus à un tel exercice. Las, la rigueur ne semble pas être l’apanage principal de tous ces chercheurs… Les écrivains et autres intervenants s’en tirent remarquablement bien, eux, ai-je trouvé. Lehman, Queyssi, Mauméjean et Bozzetto sont carrément brillants, Méreste et Pagel également remarquables — l’humour en plus. Écouter avec attention tant d’exposés demande une concentration intellectuelle assez épuisante, somme toute. Mais ô combien excitante! Et joie, bonheur, seul un intervenant s’adonne au jargon le plus épais (type « la diégèse épuise notre crédibilité » — whatever it means), pour un propos par ailleurs très intéressant.

Tout n’est pas sérieux, loin s’en faut: un petit groupe profite du soleil pour aller grimper sur la colline du château, nous découvrons les spécialités culinaires locales (de la cuisine toute à l’huile d’olive à la purée de pois chiches grillée, en passant par la polenta et les pizzas blanches), et lors des repas les plaisanteries fusent. L’un de mes petits camarades (Ugo? Je ne sais plus) propose une phrase qu’il estime d’une poésie à la David Calvo: « Les gens qui volent des lits d’enfant ont du plastique sur le sol de leur appartement ». Xavier Mauméjean cite doctement Oui-Oui: « Même les gens gris n’achètent pas des choses grises ». Le même tempète que lorsque Bernard Werber dit qu’il aime les sushis, le lendemain toute la France mange japonais. Fabrice Méreste nous explique que les prénoms japonais féminins sont généralement en « ko » (Mariko, Yoko, Yumiko, Stéphaniko….), tandis que je ne sais plus qui évoque la carrière d’un groupe de rockabilly ukrainien, « The Mosquito Fuckers ». Comme le dit si bien P.J. Thomas, citant Steve Winwood: « I could’nt stop myself from having fun »…

Le colloque s’achève en apothéose, les yeux plein d’étoiles, avec un dîner de gala dans l’un des plus beaux palaces de Nice. Le Palais de la Méditerranée: un rêve de marbre et de stuc, d’architecture art-déco et de luxe ostentatoire, avec voiturier allant garer votre Maseratti (ou votre Ka), portier en uniforme, maître d’hôtel aux moustaches en crocs, garçon déguisé en shaolin-serveur, miroirs brillants et draperies opulentes. Derrière les colonnes de la terrasse centrale, j’observe la mer qui rugit en une frange blafarde sur fond de nuit profonde. La piscine étincelle d’un vert acide, les sculptures de bronze rutilent. La vie des riches juste pour un soir. Merci Eric, merci Ugo, vous êtes formidables.

Viva Fiction

(les 3/5e du comité de rédaction de Fiction fêtent le tome 1 au champagne)

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