S’il y a un moment dans la journée où l’hésitation du réel peut se faire plus sensible n’est-ce pas paradoxalement aux heures entre chien et loup, aux instants blafards et indistincts de l’aube ou du crépuscule ? Comme si voyant mal dans une lumière hésitante l’esprit se tendait, l’attention se portait un peu de biais sur une réalité plus sourde, ombreuse et trompeuse.
Archives de l’auteur : A.-F. Ruaud
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On perd vite l’habitude de la pluie : alors qu’elle n’a cessé de tomber pendant des semaines, quelques jours de chaleur suffisent pour qu’une averse nouvelle surprenne un dimanche par ses gifles volubiles, ses grosses hachures froides et la mitraille sur le toit. Des bouffées d’humidité passent par les vitres, le jardin assombri fait le dos rond.
#6130
#6129
#6128
Ce matin sonna à ma porte un corpulent jeune homme de langue allemande – nous conversâmes en anglais cassé. Au volant d’un petit camion entoilé de rouge pétant, il provenait de Zurich : il venait enfin emporter les archives des Moutons électriques (un exemplaire de chaque tirage, affiches, catalogues, PLV et tutti quanti), dont j’ai fait don à l’aube de la liquidation de la société. Le témoignage d’une vingtaine d’années de travail éditorial qui part à la Maison d’Ailleurs, le musée de la science-fiction sis à Yverdon, en Suisse, que dirige maintenant mon vieil ami Fred Jaccaud. J’aime de longue date ce très beau musée, auquel j’ai rendu visite de multiples fois lorsqu’étant lyonnais je m’abandonnais à l’exotisme helvétique. Ce même matin, j’ai reçu au courrier le roman de Francesco Verso, Les Itinérants, premier de quelques projets ovins qui vont être finalement publiés par la maison Mnémos.


