En ces jours estivaux, de pause et d’absences, je lis, écris et réfléchis beaucoup sur les fantômes.
Archives de l’auteur : A.-F. Ruaud
#6136
Hier matin je me suis réveillé comme je venais de rêver d’un ancien camarade de fac, qui m’expliquait ce qu’il avait fait depuis – sauf qu’il semblait être encore dans la trentaine, tant il est vrai que je ne me rêve jamais vieux. En ouvrant les yeux, j’ai pensé « Pierre », me souvenant soudain de son prénom, et dans le même élan j’ai réalisé que ce camarade n’avait jamais existé. Restant couché encore quelques minutes, je me suis rendu compte que ce Pierre imaginaire brassait des souvenirs épars de quatre garçons différents – dont trois se prénommaient effectivement Pierre, je crois. Puis repensant à ce rêve, où je me promettais maintenant que j’étais de retour à Bordeaux d’aller revoir d’anciens lieux de mes études, j’ai compris avoir pour de bon fait un retour : pour la première fois en plus de 10 ans que je suis revenu vivre à Bordeaux, je venais… de revenir à Bordeaux, mais l’autre, celui des songes de villes que je faisais autrefois, à Lyon. Ces lieux dont je me souvenais et que je me promettais de revoir n’existaient pas, eux non plus : ils appartenaient au paysage de ces rêves urbains récurrents qui un temps occupaient mon imaginaire nocturne. Je les ai bien reconnus. Me voici donc enfin de retour à Bordeaux – des deux côtés du réel. Une forme de réconciliation.
#6135
Il faut écrire vite, ou plutôt, porter de suite sur le papier les phrases et paragraphes qui viennent à me tourner en tête. Ou bien rédiger des fragments sur l’iPhone, notamment le soir, ou en déplacement. Ne pas risquer d’oublier. Hier matin à peine descendu, et pourtant mal réveillé suite à de fichues insomnies, je me suis mis sur l’ordi pour écrire deux chapitres d’un projet personnel. Et comme hier soir dans la rue j’avais soudain eu la première phrase d’un vieux projet, je m’y suis mis ce matin, déjà près de 20 000 signes pour me mettre en route. Plus l’autre roman, auquel je ne cesse d’ajouter touches et retouches. Un été studieux.
#6134
L’application météo ne sait plus où donner de la tête : ce matin elle annonçait « ensoleillé » tandis que je chinais à la brocante dominicale sous un ciel de grisaille (un recueil d’Alphonse Allais), et ce soir d’annoncer « nuageux » tandis qu’une drache sévère m’oblige à clore les deux vasistas. De grandes hachures mouillées brillent dans le gris-rose du soir. Enfin, je n’arroserai pas demain matin. Il serait bon de parvenir à respirer de nouveau, car la touffeur et le calfeutrage des journées me remettent en tête l’époque des confinements.
#6133
« Oh j’adore Untel », dit le lecteur, mais l’untel change au fil du temps, les goûts littéraires se forment par accrétions, découvertes, oublis, retours, souvenirs… Étant jeune, sans doute aurai-je dit que mes auteurs favoris étaient Tolkien (lu le Seigneur des Anneaux sept fois étant môme, mais je n’y parviens plus), Simak, Dick, Sturgeon, Leiber, Moorcock… Puis j’aurai certainement cité John Brunner et Michel Jeury, mais aussi Jean-Pierre Hubert, Dominique Douay, Pierre Pelot, Élisabeth Vonarburg, Michel Grimaud, Cordwainer Smith, Michael Coney, Elizabeth Goudge, PG Wodehouse et Ross MacDonald… De tous temps, Franquin, Tillieux, Greg, Macherot, Bottaro, Barks, Georges Chaulet (les Fantômette), Rex Stout (les Nero Wolfe) et Agatha Christie… Roland C. Wagner et Michel Pagel, fidèlement… Puis plus récemment, ce furent Charles de Lint et Neil Gaiman (mon goût pour la fantasy urbaine), Dorothy Sayers et Margery Allingham (mon goût pour le polar british golden age), les polardeux oubliés Jacques Ouvard, Jacques Decrest, ECR Lorac et Nicholas Blake, les modernes Henri Calet, Francis Carco et Eugène Dabit, les british Iain Banks et Jasper Fforde…
Aujourd’hui, qui citer comme ces piliers auxquels, pour moi, revenir sans cesse ? Isherwood, Flaubert, Giono, Simenon, Gracq, Modiano, Murakami, mais aussi Jane Austen, Anthony Trollope, Christopher Priest, Tove Jansson, David Lodge, Armistead Maupin, China Miéville, Michael Chabon, Ellen Kushner, Christopher Fowler (la série des Bryant & May), Ben Aaronovitch, Jasper Fford, les Lupin de Lebanc et les Holmes de Doyle forcément, en poésie Léon-Paul Fargue, Jacques Réda et Philippe Jaccottet, en nature writing Robert MacFarlarne et Richard Mabey… Et des phares, ces livres monuments relus régulièrement : Le Guépard de Lampedusa, Cent ans de solitude de Marquez, Le Grand-Maulne d’Alain-Fournier, Le Pays où l’on n’arrive jamais d’André Dhôtel, L’Iris de Suze de Giono, Jonathan Strange & Mr Norrell de Susanna Clarke, Tom et le jardin de minuit de Philippa Pearce, les Harry Potter nonobstant leur autrice, les Maigret de Simenon, Le Prisonnier de Zenda d’Anthony Hope, Le Vent dans les saules de Kenneth Grahame, The Crow Road de Iain Banks ou Encore heureux qu’on va vers l’été de Christiane Rochefort…