#2741

Il faisait beau sur Bordeaux, ce matin, cette sorte de soleil froid de l’hiver qui teinte les dessous du réel d’une teinte orangée et vive. J’habitais depuis peu dans un immeuble dont l’architecture mimait un empilement de grands bidons métalliques jaunes, un voisin m’expliquait que le bâtiment était classé mais que l’on songeait malgré tout à rehausser le ton de jaune pour qu’il soit plus pimpant. Descendant la rue vers la gare, je remarquai que l’on avait abattu quelques maisons, laissant seulement la silhouette maigre d’une construction en briques, très haute, avant le pont. Depuis le parvis de la gare Saint-Jean, l’arrondi de la baie laissait monter le murmure des vagues et de l’autre côté, dans le lointain gommé d’une brume lumineuse, se distinguaient les colonnes et les minarets, les immeubles et les maisons, d’une ville sur des collines au bord de la mer, dont je me demandais vaguement s’il pouvait s’agit d’Istanbul, mais non, ce grand temple atlantéen sur le port, ça ne pouvait être ça. La plage était de gravier, au-dessus de laquelle brillait la coupole de la gare, et je resongeais au train qui lorsqu’il arrive à Venise traverse la lagune au ras de l’eau. Du froid montait de la mer et je me suis réveillé.

#2697

Pourtant il n’a pas plu cette nuit. L’étage de ma maison, deux petites pièces sous le pointu du toit, était devenu un bateau, dont la cale / rez-de-chaussée avait prise l’eau, qui clapotait au débouché de l’escalier en colimaçon. Les trois chattes se trouvaient sur mon lit. Me hissant sur les tuiles en basculant le vasistas, je grimpai sur le faîte et constatai avec soulagement que Mérédith s’y trouvait déjà, conduisant avec sureté notre navire sur une mer laiteuse de lumière lunaire, forcément, nous étions encore la nuit. Le sommet de certains arbres émergeait des vagues en bouquets hirsutes.

#2694

Pourquoi diable ai-je rêvé que je tenais une boutique de thés ? Et c’était assez précis, elle se trouvait cours Judaïque à Bordeaux, avec une jolie vitrine en petits casiers blancs. Mystères de l’inconscient, alors que je suis éditeur et viens de passer le week-end à chiner du vieux papier et discuter bouquins jusqu’aux petites heures du matin. Je reviens d’ailleurs du Nord avec une valise au bord de l’explosion, à mes trouvailles en braderies s’étant ajoutés pas mal de dons de mes hôtes et un achat impromptu à un ami qui se fait maintenant petit éditeur. Ou bien alors, fut-ce le traumatisme de voir tant de gens boire du café ? (Mais leur thé au coquelicot était très bon)

#2616

Deuxième nuit de vent, de grêle et de pluie, ça siffle et ça tape, est-ce donc une troisième tempête en autant de semaines ? Pas des plus aisés pour la paix du sommeil, ce temps, moi qui dort sous le toit. Avec la panne de la chaudière, la chambre se fait bulle de chaleur (il y a un radiateur électrique) et mon lit, couche des félins ronflant et ronronnant. Tout à l’heure je rêvais du bercement des vagues d’un océan lorsque le cauchemar de la plus jeune chatte m’a tiré des flots avec son petit miaulement.

#2577

Non seulement je ne dors pas bien, par ces nuits un peu lourdes et moites, mais ça réveille mon foutu juke-box, ces morceaux qui vous tournent en boucle dans la tête… L’autre nuit c’était, horreur, une imbécilité de U2. Cette nuit, c’était bien mieux, à savoir le « Fourth of July » de Joni Mitchell. Il faut dire que, si je méprise vivement les bramantes non composées de U2, en revanche j’écoute et idolâtre Joni depuis une trentaine d’années — depuis que mon excellent camarade Bruno m’en a fait découvrir les charmes musicaux lors de nos années estudiantines et bordelaises. Et en ce moment, je suis de nouveau retombé grave dans des écoutes de Joni. Bon, j’ai fait l’erreur de remettre les oreilles sur l’atroce Wild Things Run Fast, bête et vulgaire à pleurer (j’ai une théorie comme quoi au début des années 1980 notre planète est passé dans une singularité qui en a arraché tout goût et bon sens créatif), mais sinon je me délecte comme toujours — au moment d’écrire ces lignes tourne le live Miles of Aisles sur la platine.