#2498

Tiré du sommeil cette nuit par le son d’une trompe marine, j’ai flotté un moment, l’océan clapotait contre ma sous-pente et léchait presque le vasistas. Jusqu’à ce que je réalise que cette rumeur était celle d’un train, portée par la brise, tout comme la corne nocturne.

#2495

Je ne suis pas croyant, je suis même bien souvent horrifié par le dogme chrétien, mais je dois admettre que culturellement il y a quelque chose que j’aime énormément… c’est le son des cloches d’église, notamment le dimanche matin. Le double clocher du Sacré Coeur pas loin de chez moi carillonne et j’aime ça, ce paysage sonore, que je ne prend pas pour ce qu’il représente de bourgeoises pincées et d’opposants au mariage gay, mais comme un écho traditionnel, comme héritage musical ô combien plaisant. Je me tiens sur la terrasse du jardin et le nez levé vers le ciel froid, debout dans une poche de soleil sous le palmier, j’écoute un moment, ça tintinnabule, j’aime cela.

#2487

Grand bruit de ferraille : une pie a jeté un fruit dans la goutière de la maison d’à côté, et le picore. Le fruit roule dans le zinc, fait un vacarme terrible. Le faucon passe soudain, volant bas, traçant sa diagonale dans le ciel. La pie sursaute, se barre en rase-tuiles. Peu après un pigeon vient se jucher sur l’antenne, surveillant le toit d’un air serein.

#2485

Banalité que de le dire, mais je ne me lasse pas (encore) de m’étonner à quel point les « mauvaises » herbes poussent bien plus vite que les « bonnes », tel ce minuscule brin de laurier qui ne semble pas avoir poussé d’un pouce depuis que par mère l’a découvert, tandis qu’autour de lui je ne cesse d’arracher de grandes et vigoureuses horreurs.

Autre sujet d’étonnement (agréable), le fait que la maison se salisse si peu. Comparé à la grasse et noire poussière de Lyon, où je m’escrimais en permanence à laver, épousseter, nettoyer, ici en dehors des poils de chat il n’y a pas réellement de pollution perceptible. En revanche, je balaye souvent les carreaux en pierre de la terrasse. L’esquisse d’orage d’hier avait fait tourbillonner follement les feuilles, paniquant la petite chatte ; ce matin, la tâche de nettoyer tout cela s’avéra étonnamment aromatique, la bourrasque ayant arraché beaucoup de feuilles de menthe. Une branche de bambou a cassé, aussi, hélas.

Au fait, cela fait pile six mois que je suis arrivé ici. Six mois et toujours le même bonheur, cette sensation de plénitude. Merci Bordeaux.

#2483

Un petit voyage down memory lane : je me promettais depuis mon retour à Bordeaux d’aller un jour me promener sur le campus de Talence, dans le triangle que je fréquentais il y a 30 ans — fac de lettres, BU, Village 5 et IUT. Je le fis donc tout à l’heure, avec un sentiment moins de nostalgie que d’amusement léger. Le tram n’effectue pas tout à fait le même trajet, mais j’ai trouvé sans problème. Tout cela n’a guère changé, les bâtiments années 30 à l’entrée du campus sont dans un état de délabrement avancé, les bâtiments années 70 que je fréquentais ne sont pas tellement plus usés, on a posé çà et là quelques lames de métal ou de bois pour camoufler des façades, mon aile du Village 5, où j’ai résidé deux ans, est d’une touchante vétusté. La pelouse n’existe plus où j’avais osé dire « je t’aime » à un garçon prénommé Patrick. Le petit bois de pin à côté de la BU est toujours là, grand et sombre maintenant. Sur les immenses prairies, les petits peupliers sont devenus des lances végétales géantes et toute une diversité arboricole les accompagne : chêne vert, bouleau, sapin, pin. L’IUT se barricade maintenant derrière des grillages verts et là où se tenait le journalisme et les métiers du livre (habillés de neuf en centre-ville) s’annonce maintenant un mystérieux « mediadoc », mais sinon pas grand-chose de neuf.

Amusant comme ce plat paysage de prairies et de pins a influencé mon imaginaire, je rêve encore souvent de lieux semblables, alors qu’il me semble avoir passé mes trois années d’études essentiellement dans un état de grande insouciance et de superficialité — je ne connaissais quasiment mes camarades que par leur prénom, n’ai retrouvé un peu après ma copine Charlotte que par hasard. Au retour, du centre de Talence il ne reste absolument rien, en dehors de l’ancien château Margaux. Tout y est neuf et quelconque.