#2394

Un peu d’insomnie. Les yeux fermés et les oreilles tendues, j’écoute ce que la nuit peut bien raconter. Mais elle ne s’avère guère bavarde, dans cet environnement citadin il n’y a ni criquet ni grillon (ces derniers se trouvent dans le pierré du chemin de fer et leurs percussions acides ne me parviennent pas), non plus qu’hiboux ou chouette, encore moins crapaud ou grenouille. Le glissement de l’escargot, le pas de la fourmi, le tissage de l’araignée, le vol de la phalène, ne font aucun bruit. Il n’y a que le long grommellement d’un moteur sur le boulevard, une moto dans le lointain, le silence surtout, un instant le feulement de roues sur l’asphalte, le grand calme nocturne d’une ville de province. Un train passe, houle urbaine, je me laisse emporter par le roulis des vagues, le visage caressé par la fraîcheur.

#2393

Lorsque le soleil ne joue pas les grands spectacles de rose et de rouge, là-bas, au-dessus de l’échancrure ferroviaire, la tombée de la nuit estivale ressemble plutôt à une levée : celle du bleu qui, après le blanc métallique ou le cuivre translucide de la fin du jour, passe au grand cobalt et, nuance après nuance, prend des tons plus absolus, plus profonds. Mais il suffit que je détourne le regard un moment et subitement, tout est sourd, il ne reste qu’un éclat avant que l’on bascule dans cette nuit qui couvre la ville d’une glaise rougeâtre.

#2386

À entendre le merle, que le temps pluvieux rend particulièrement volubile aujourd’hui, je me souviens qu’étant enfant je m’étais un matin, en me réveillant, demandé si les oiseaux que j’entendais existaient ailleurs. Notre maison en Bretagne représentait pour moi un tel paradis qu’il me semblait que chaque élément de son environnement devait être unique : sûrement il n’existait pas d’arbousier ailleurs? Les petites fleurs jaunes et noires poussant dans le terrain sablonneux n’existaient que là, bien sûr (hélianthème à goutte, vois-je sur le web). Les oiseaux ici ne chantaient que pour nous.

#2385

Retour TGV. Il y a quelque chose de fascinant dans l’immensité plate de ce paysage, ces champs jusqu’à perte de vue au bout d’un horizon opalescent, juste la fumée des nuages gris en étages infinis au-dessus d’une telle plaine, avec çà et là simplement la rondeur d’une bosquet, l’ourlet d’une suite d’arbres au bord d’un chemin invisible ou le phare incongru d’un château d’eau.

#2384

De retour de cette balade verte, hier, je me disais depuis le train qu’en dépit de la terrifiante avancée des flots de la banlieue, même les impressionnistes reconnaitraient encore qq portions de leurs paysages : il reste des champs en bord d’Oise, et puis ce pré rouge de coquelicot au sortir des bois d’Asnières, ou encore cette enfilade de peupliers au bord d’une rivière d’un vert opaque…