#2585

L’averse passée, Saint Michel luit, glisse, perle et dégouttelle… Fatras hebdomadaire, rituels, quotidienneté apaisée. Les voyages en Orient de Nerval, un pot en verre, une chayotte, des piments, des patates nouvelles, un Sainte-Maure, deux baguettes… La ville brille, les quais repeints de frais sous un ciel à la Sisley, avant l’averse suivante.

#2584

Une brume nimbait l’air nocturne d’un mince voile, d’un trouble, lorsque je suis sorti ce soir, un tulle qu’irisaient les lampadaires et que perçait la pleine lune. Un phare bleu fumait dans le lointain de la géométrie des caténaires. Quelques pas lents par les rues calmes, et des lueurs, des étincelles, saisies fugitivement par des fenêtres — le sweet home de l’un est toujours le mystère de l’autre.

#2579

Londres, j’ai tout le temps envie d’y être, je lis du Londres en permanence, je pense à Londres en continu. Il n’y a pas d’autre ville étrangère qui m’ait fait ça. J’ai aimé Florence, Venise, Bruxelles, Édimbourg, Lisbonne, New York… Mais ponctuellement, raisonnablement (curieusement, Vienne et Barcelone ne m’ont guère parlé). Non, à dire vrai une seule autre cité d’ailleurs m’a marqué : San Francisco. À laquelle je ne pense que de temps en temps, mais assez vivement, une envie de San Francisco qui est une forme de nostalgie, de regret de n’y être jamais retourné. J’y avais passé, quoi ? Trois semaines ? Il y a bien longtemps, m’y étais laissé vivre, avais adoré cette ville, avais conçu un véritable attachement. Et parfois, me perce ce sentiment, ce besoin d’y retourner. Dans mon recueil de nouvelles, Le Garçon doré (chez La Clef d’Argent), je crois que mon meilleur récit est celui qui se déroule à San Francisco. Il m’arrive d’avoir des images, des sons, des souvenirs de San Francisco qui me reviennent, enchantés, vifs. La brume qui voilait le ciel, la brise marine, les buildings de Downtown, les alignements de demeures Art-déco et de painted ladies aux façades bariolées, les guirlandes de capucines, le bleu ouaté de l’océan, les longues silhouettes des eucalyptus.

#2574

(Notes) Sur le boulevard, les arbres gesticulent, piaillent, trillent et s’agitent des petites flèches noires qui, en retard, les rejoignent vivement.

Dans le ciel, les stratocumulus dessinent une nappe moutonneuse en ligne de fuite. Une lune supplémentaire, accrochée sous le cul d’une grue de chantier, s’épanouie auprès du bloc de béton.

Les vélos filent en rangs rapprochés : grincements circulaires et de guingois.

Au rose crépusculaire succède subreptice l’orangé de la vapeur de sodium, qui poudroie là-bas et grime les façades sous l’ombre tombée.

#2572

J’entretiens une certaine passion pour l’architecture moderne et contemporaine et, au sein de cela, j’avoue un faible plus particulier pour le brutalisme, surtout le brutalisme britannique. Tout ce béton, ce fut longtemps très déconsidéré. Lors d’un voyage à Londres, je conquis néanmoins mon excellent camarade Julien B., qui s’enthousiasma pour le Barbican comme pour le BFI Southbank, et lors d’un autre parcours londonien mon excellente amie Annaïg H. qui professait une sainte horreur du brutalisme tomba amoureuse du Brunswick Centre…

Tout cela pour dire qu’une nouvelle tombée hier réchauffa mon petit cœur d’artichaut. À 88 ans, l’architecte Neave Brown vient enfin d’être récompensé. Une forme de happy ending pour celui dont le thatchérisme détruisit la carrière et la vision. De même que Patrick Hodgkinson, décédé il y a deux ans à l’âge de 85 ans, architecture du Brunswick Centre, avait été prof toute sa vie avant que, à la retraite, on ne l’appelle afin de terminer son unique œuvre, que j’ai connue complètement dilapidée et qui est maintenant un splendide paquebot en pleine ville, une petite utopie enfin aboutie.