#2757

Hier soir je suis resté un bon moment au bout de ma rue, à bader devant le ciel rose et le soleil de plus en plus rouge comme il s’abaissait sur l’épaule de la voie ferrée, jusqu’à se dissiper dans des tremblements de l’atmosphère. Je suis rentré alors que le ciel s’emplissait encore d’une grande lumière jaune et que, derrière moi, un train faisait sonner sa corne par-dessus son long roulement sourd.

L’image contient peut-être : ciel, nuage, arbre et plein air

#2786

Rimbaud !
Je ne suis pas trop citation, mais là, tant de beauté…

Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-là bouclés, d’autres descendant en obliquant en angles sur les premiers, et ces figures se renouvelant dans les autres circuits éclairés du canal, mais tous tellement longs et légers que les rives, chargées de dômes, s’abaissent et s’amoindrissent. Quelques-uns de ces ponts sont encore chargés de masures. D’autres soutiennent des mâts, des signaux, de frêles parapets. Des accords mineurs se croisent, et filent, des cordes montent des berges. On distingue une veste rouge, peut-être d’autres costumes et des instruments de musique. Sont-ce des airs populaires, des bouts de concerts seigneuriaux, des restants d’hymne publics ? L’eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, anéantit cette comédie.

#2777

De mon temps d’étudiant, il y a déjà 35 ans, charbonneux pouvait qualifier tout Bordeaux, aux façades maquillées de suie. En ces jours blonds, le noir d’ombre a reculé, les artères bordelaises d’une digne pâleur n’exhibent plus que rarement une face sombre, des exceptions. Revenant d’une « manif » par les petites rues, j’admire une fois encore une grande demeure abandonnée, que borde une sente presque campagnarde et que camouflent les arbres. Le mystère confus, le temps arrêté et le triste scandale d’une maison sans habitants. Et dans le ciel bleu se dispersent les sillons blancs des avions, le climat, quel climat ?