#6274

Un peu trop ambitieuse, la rando urbaine de ce matin : une grosse dizaine de kilomètres ? En duo seulement cette fois, de tractopelles en digue verte, de jalles en esteys et de fausses ruines en ancien chemin ferré, sous le front bas d’un ciel grognon. Un rien fourbu.

#6273

Un bout d’roman…

« Rentrant tard, ou très tôt, d’une soirée étudiante sur le campus de Talence, principale activité universitaire à laquelle elle daignait participer de façon régulière, Martine qui marchait sur le trottoir vit passer un bus de nuit en sens inverse. Des ombres se tenaient assises dans la blancheur troubles de ses vitres. Qu’est-ce qui prouvait, à une telle heure, que ces voyageurs étaient bien d’ordinaires humains ? Combien de bus de nuit ne transportaient que des fantômes, en une sorte d’équipage blafard pour les heures nocturnes les plus incertaines. Martine secoua la tête : voilà que sa curiosité pour les fantômes menaçait de tourner à l’obsession. […] Et puis zut, il suffisait d’avoir pris un soir un autobus nocturne pour avoir vu quelle faune douteuse et parfois inquiétante sortait à ces heures-là. Comme si aux petites heures, à la nuit profonde, tous les zombies, les sorcières, les spectres, les vampires, les garous, les bizarres, ressentaient soudain le besoin de gagner la banlieue ou bien d’en rentrer. C’est pour cela que la jeune fille préférait revenir à pied, n’ayant pas de vélo. Elle se sentait plus en sécurité sous la lumière alternante des réverbères que dans la lueur jaunâtre des transports publics. Dans l’éclairage urbain, toutes les rues adjacentes, en particulier celles à la chaussée pavée, prenaient des aspects de décor pour cinéma. Dans la pénombre, elle vit une femme avec un sac à dos penchée sur la serrure d’une porte. Quand elle fut à sa hauteur, il s’agissait seulement d’une poubelle d’où débordait le ventre gris d’un sac plastique trop gros. Fantôme aussi. Bien plus concret était le rat qui fila devant elle dans le caniveau. Sous la voûte de suie d’une salle de bowling où elle était déjà allé, le volet métallique se couvrait de graffitis sans imagination. […] »

#6272

Joie d’avoir récupéré en fin de journée le premier volume de « L’Empreinte », ma nouvelle collection de polar vintage, aux éditions Hervé Chopin. Un premier tome de « cosy crime » délicieux, au placement en librairie fort encourageant.

En rentrant, vu en ville un homme rentrer dans une sanisette avec sa bicyclette : il ne m’était jamais venu à l’idée que les vélos comme les chevaux doivent faire pipi.

#6271

Janvier est le nouvel avril ? Belle balade entre douceur et soleil bas, vers l’inconnue. Puis la soirée du club secret, avec dans la ruelle obscure y menant ce mot étrange capté au passage, d’un réparateur de vélos saluant un jeune client : « Bonsoir jeune homme des forêts profondes ».

#6270

L’autre soir, ma copine Juliette m’a présenté à ses amis de Berlin comme l’homme qui écrit deux romans par mois, quelque chose comme ça. Rigolez, rigolez, il faut bien que je m’occupe. Et l’an dernier, je n’ai écrit « que » deux romans (le dernier Bodichiev et un « blanche » qui tourne en lecture) plus mes mémoires (à sortir en septembre chez Flatland). Écrire me donne une structure, en plus des projets de publications que je soumets çà et là. J’ai fait une pause administrative, hier, et pendant ce temps je crois avoir débloqué le principal de la narration du roman de fantasy jeunesse sur lequel je suis — en parallèle d’un polar. Derrière, j’ai deux autres romans qui « poussent », dont l’un bien entamé. Et j’ai terminé aujourd’hui une novella. Eh, sans tout cela je serai dans la vie tel un gros qui flotte dans ses vêtements après une cure d’amaigrissement. Comme je suis incorrigible, j’ai eu aussi, durant mes insomnies de cette nuit (vent, pluie, tempête, ça cingle, siffle, cogne), l’idée de deux anthologies. Et mon grrand projet d’essai avance sereinement, bien sûr.