#5037

Installée ainsi, en attendant leurs coupes, dans l’ombre bleue des façades, Julia se sentit bien, l’impression de retrouver son assise. Vadim parlait d’une pentalogie de romans dont il avait eu la « folie » de débuter la lecture, c’était un grand dévoreur de bouquins, Julia était plus parcimonieuse, en lisait beaucoup moins que lui. Un vélo qui passait dans la rue lui envoya l’éclat de soleil de son rétroviseur. Une mouette glissait au-dessus de leurs têtes en ricanant.

« Tu penses à quoi ? » demanda Vadim après qu’ils ont commencé à déguster leurs glaces en silence.

« Toute action de l’esprit est aisée si elle n’est pas soumise au réel, déclara Julia.

— Qu’est-ce donc ?

— Une citation de Proust.

— Oh, madame est snob. Encore ta francophilie.

— Oui, confirma la jeune fille, songeuse. Mais je cherche à inverser les termes de cette formule, qui me tourne en tête depuis cette nuit.

— Je ne comprends rien à ce que tu racontes », s’amusa Vadim.

Julia grogna vaguement, continua à manger sa glace. Il y eut une brève mare de silence, la surface brouillée par les heurts sourds d’un train qui passait un peu plus loin. Au-dessus de la terrasse, un arbre frissonnait, léger.

#5036

Cependant que collègues et camarades sont aux Imaginales, en bord de Moselle, à Bordeaux pour ma part j’écris, avec cette sorte de légère tension / excitation qui accompagne cette tâche si particulière qui consiste à dérouler un récit et animer des scènes. Le ventilateur ronronne, les chats pioncent, le capitaine pianote.

#5035

Les coquelicots, ce sont les voyous des rues, velus, hirsutes et d’une violente beauté qui surgit dans des recoins où on ne l’attend pas. J’aime la saison de leur surgissement. C’est aussi le temps où ma « période d’écriture », l’été , s’approche à grands pas. Je parlais hier d’obsession, en travaillant avec un ami : écrire, c’est tenir une obsession, voir son sujet partout, tout rapporter à lui. Cela me faisait déjà ça lorsque j’écrivais des essais, mais même avec ma présente activité de fiction, le phénomène subsiste, seulement un peu différent : depuis plus d’un an je lis surtout en français, afin de « goûter » la langue et ne plus me laisser trop influencer par les anglicismes, pour observer comment font les autres… Finalement, la majorité de mes lectures sont devenues « documentaires », au point que ce biais d’appréciation peut me faire aimer un roman juste pour une scène, quand ce n’est pas seulement une phrase qui me fait « décoller » — ce fut le cas pour le dernier passage que j’ai rédigé. Une image, une amorce de scène, une manière de faire, une atmosphère, un point de vue… Ainsi relisant un bout de Georges Perec, je me suis dit que j’allais essayer d’écrire une « tentative d’épuisement », le temps d’un segment de mon roman choral ; ainsi débutant un polar, une scène d’intérieur de commissariat s’est-elle imposée — j’en avais déjà faite une, dans une nouvelle des Confidences, mais du point de vue du public, et hélas vécue ; cette fois, ce sera réellement polar, quotidien du flic. Douces obsessions qui soutiennent, agitent le bocal et laissent rêver.

#5033

Avant la grande chaleur de l’après-midi, une balade du matin sous les pins, à humer les senteurs de résine et à froisser des fougères. Vu également des faisans Renaissance ou Art déco, des paons en grande robe et des kangourous. Ces derniers sont moins chics.