À eux trois, figuier, fuchsia et abutilon, ils emplissent l’étroit jardin d’une jungle terrible jungle, dont l’on verra à l’hiver si je me résous à la sabrer un tant soit peu. Sous le ciel hésitant, en lisière d’orage, ils bourdonnent et grésillent dans l’air durci, tandis que très loin une tondeuse qui hoquette donne la mesure du vide comme d’une grande boîte dominicale (« Mais c’est samedi ! »).
Archives de l’auteur : A.-F. Ruaud
#2916
On parle beaucoup de déboulonner des statues, mais l’on n’évoque pas l’absence peut-être regrettable de celles-ci à notre époque. On n’érige plus guère de monuments aux poètes locaux ni aux grands artistes, à peine un gros tas peu ressemblant au politicien Chaban-Delmas arpente-t-il les abords de la cathédrale de Bordeaux, mais avez-vous vu des statues de Françoise Sagan, de Jean Giono ou de Georges Simenon sur vos squares, où trouve-t-on les statues de Franquin, de Matisse, de Monet ou de Chaland, qui sculptera celle de Brétécher à Montmartre, où sera la statue de Jacques Higelin — et je veux que celle de Jacques Réda soit près de chez moi, si possible sous un marronnier qui lui déposera des feuilles au sommet du crâne, comme il l’écrivait !
#2915
Odeurs d’été. Celle fruitée des fleurs couvrant d’une neige drue les deux grands troènes dominant les jardins ; celle lourde et capiteuse des magnolias géants du parc sur le boulevard ; celle verte et franche des plants de tomate ; et le poivré, dans la cuisine, du bouquet de basilic acheté hier au marché ; ou ce mélange de périchor et d’humidité chaude, après l’arrosage, le soir. Cette nuit, lors d’une promenade, le quartier sentait le brûlé, une senteur âcre comme si après l’écrasante température du jour la ville se tenait prête à exploser.

