Curieuse heure que celle où les ors du ciel drossent la grisaille dans les jardins alors que, perché sur la plus haute cheminée de l’impasse, le merle trille encore en pleine clarté. Au niveau du sol, les teintes mineures s’imprègnent imperceptiblement de bleu soir, tandis que massés en épaisse frange au ras des toits, les nuages rêveront bientôt dans ce contre-jour à la Magritte caractéristique des nuits urbaines.
Archives de l’auteur : A.-F. Ruaud
#2911
Un trottoir jonché d’aiguilles de pin, quelques pigeons qui roucoulent non loin, et la machine à souvenirs se met aussitôt en fonctionnement. Entre deux averses, mon bout de proche banlieue acquiert une clarté, un cachet redoublés. Le ciel étage des constructions géantes en blanc et en gris, il s’agit d’une des choses que j’aime tant ici, l’ampleur du ciel au-dessus des maisons basses, grand spectacle chaque fin de journée lorsque je pars en promenade urbaine. Empruntant cette fois un parcours passablement différent, je m’extasie des fleurs blanches grosses comme une tête qui s’arrondissent au sein de feuilles comme de grandes écailles rouge-vertes, je ne sais le nom de ces arbres, apprécie leur beauté ample et leur parfum prenant. Les livres fleurissent aussi, dans ces rues : je croise quatre boîtes à livres, dont trois que j’ignorais. Et des chats, des corbeaux, des pigeons, avec un petit vent en arrière-pensée pour n’avoir pas trop chaud. Certes je ne rapporte que deux bouquins — mais cela vaut mieux, après tout, le confinement et ses conséquences auront retardé de pas mal de mois le moment où mon domicile explosera sous la pression livresque, je crois.
#2910
Par-dessus les jardins étroits et obscurs, la brume tombée des nuées, ou bien ces dernières décrochées de la nuit sous la force des bruines précédentes, brouille le bleu sombre où se dilate seulement le halo blafard d’un lampadaire lointain, dans l’échancrure entre les bâtiments. Beaucoup plus haut, les étoiles battent à peine sur un buvard humide et, entre les deux, un tintement électrique perce quelques fois avant que la rumeur paisible de cette heure tardive ne retrouve son souffle. L’oreille se tend en vain, pas de voix ni de moteurs, et si peu de lumière, tout dort.
#2909
#2908
Depuis le début avril, le temps de finir tout ce qui devait l’être encore et de paperasser amplement pour les Moutons électriques, je ne fais guère qu’écrire. Oh, pas énormément chaque journée, je m’en tiens aux 5000 signes par jour au grand mieux, avec moult pauses pour réfléchir et laisser mûrir les idées / situations, mais enfin je n’ai sans doute jamais tant écrit de fiction qu’en ce drôle de moment. L’isolement conduit à la réclusion intellectuelle aussi, je vis donc dans ma tête, avec deux révisions finales de romans (l’un est maintenant en lecture chez trois éditeurs jeunesse, l’autre accepté chez les Saisons de l’étrange), quatre nouvelles bouclées, une pas encore terminée, et un roman inattendu que j’écris en ce moment — avec pas mal d’autres choses derrière : les quatre autres nouvelles du prochain recueil, toutes entamées ; un projet de novella avec des amis ; une nouvelle pour une antho, pas facile à mener à bien ; un autre roman qui demande à sortir peut-être… Et de redécouvrir cette forme d’obsession qu’est l’écriture de fiction, étant souvent obligé de prendre des notes le soir, revenant à l’ordi pour poser des bribes de dialogues quand les personnages ne se taisent pas, m’étant même relevé en pleine insomnie, cette nuit pour compléter un passage…